Écrit par Sense Reporter
Illustration de Marie Casaÿs

Illustration de Marie Casaÿs

Anne vient de trouver un nouveau logement et de décrocher une licence d’intervention sociale et insertion professionnelle au CNAM. Après avoir vécu dans un 18m² insalubre, connu la très grande précarité, la chance semble être de son côté. Pourtant, Anne ne réussit pas à trouver un travail, malgré sa licence toute neuve. Elle voit se claquer devant son nez toutes les portes qu’elle essaye d’ouvrir. Un jour du mois d’août 2015, dans un Paris vidé de ses habitants, Anne aperçoit une annonce de l’Alternative Urbaine sur une liste de l’auberge de la Solidarité. Le projet cherche des “éclaireurs urbains”. Sans même bien savoir de quoi il s’agissait, mais comprenant que ça lui permettrait de ne plus être seule et d’être aidée, elle postule.

En septembre, Anne commence à suivre une formation qui lui permettra de guider un groupe de personnes à travers le Paris caché et insolite dans le cadre d’une balade urbaine et culturelle.

En parallèle, Anne suit un parcours d’insertion. Ce n’est pas facile pour elle, car en cherchant un poste d’intervenante sociale justifié par son diplôme, elle continue d’essuyer des échecs… jusqu’au moment où, avec Esperanza, cofondatrice de l’Alternative Urbaine, elle découvre une alternative qui changera la donne: le métier d’auxiliaire de vie scolaire.

Déjà sensibilisée au handicap et possédant une expérience conséquente dans l’animation avec des enfants, Anne est quasiment recrutée immédiatement. Aujourd’hui, Anne continue de donner un coup de pouce à l’Alternative Urbaine en tant que bénévole. Elle le dit elle­ même, “c’était une belle pirouette”. Après tant d’années plutôt compliquées, Anne a le moral au beau fixe, et même s’il est toujours un peu difficile de se projeter dans l’avenir, elle est passionnée par son travail.
« L’alternative Urbaine m’a donnée une énergie dingue et une confiance en moi que je ne pouvais même pas imaginer »

 Que représente l’Alternative Urbaine ?

L’Alternative Urbaine est une association fondée en 2014 par trois passionnées: Selma Sardouk, Amandine Mutin et Esperanza Falero. Inspirées d’initiatives existantes à l’étranger de balades urbaines menées par des SDF, elles souhaitent importer le concept en France, à Paris, mais à leur manière.

Il n’est pas question de faire de ces promenades une activité voyeuriste étalant la précarité d’autrui. Les co­fondatrices sont formelles : les éclaireurs sont avant tout les guides de balades culturelles qualitatives et originales. Leur situation précaire est derrière eux : les éclaireurs ­ qui ne sont pas SDF ­ doivent pouvoir envisager de nouveau l’avenir, et se projeter dans un emploi qui leur convient.

 

      Se retrouver

Le pari de l’Alternative Urbaine, c’est d’une part de proposer des balades de qualité, riches de surprises et d’enseignements, et d’autre part de permettre aux éclaireurs de se sentir plus épanouis dans leur vie. Le postulat étant que dans la société actuelle, un travail bien choisi est un fantastique facteur d’épanouissement, l’association accompagne ses éclaireurs et éclaireuses dans l’insertion professionnelle choisie.

De nombreuses structures d’accompagnement technique existent déjà et apportent aux chômeurs une aide sur la rédaction de leur CV, la tenue d’entretien, etc. Mais ce qui fait la force de l’Alternative Urbaine, c’est la reprise de dynamisme et de confiance en soi, conférée par des activités collectives, des entretiens individuels permettant de cerner aux mieux les motivations de chacun, et, évidemment, l’expérience de guide lors des balades urbaines. Les éclaireurs doivent s’exprimer en public, ils rencontrent des personnes différentes chaque semaine, et surtout ils deviennent porteurs de savoir et responsables de leur groupe. Ils ne sont plus les “assistés” car cette fois­ ci ce sont eux qui mènent la danse

 Un projet accompagné par le SenseCube

L’Alternative Urbaine a fait partie de la première promotion d’entrepreneurs sociaux accompagnés par l’incubateur. Lorsque les trois co­fondatrices sont arrivées, elles avaient une idée, une envie, trois expériences très différentes, mais manquaient de compétences. En frappant à la porte du SenseCube, elles ont trouvé un local, des mentors, d’autres jeunes entrepreneurs aux problématiques et valeurs similaires, et, surtout, une aide concrète à la fois technique et morale.

 » La force du SenseCube, c’est de croire que l’Economie Sociale et Solidaire n’appartient plus uniquement aux associations et qu’il ne faut pas avoir peur de créer une nouvelle économie et mettre l’éthique au sein de l’économie de marché.” Amandine Mutin, co­fondatrice de l’Alternative Urbaine. » 

Ou en êtes-vous? Quel est votre gros défi du moment?

Aujourd’hui, l’Alternative Urbaine comptabilise plus de 2 000 visiteurs individuels en 2015 et développe une offre de teambuilding solidaire pour les entreprises, en partenariat avec des projets à fort impact comme UpCycly, lui aussi passé par le SenseCube. Demain, le concept se développera dans d’autres villes françaises, comme Bordeaux ou Lyon.

Curieux de découvrir les secrets de Paris? N’hésitez pas à participer à une balade urbaine ! Envie de rencontrer un autre projet innovant et utile pour la société ? Retrouvez d’autres portraits d’entrepreneurs.