Écrit par Aurore Le Bihan

« Montrer un autre regard sur le peuple syrien » : tel était l’objectif des organisateurs du festival « Syrien n’est fait » qui s’est tenu en août dernier aux Grands Voisins. Au programme : des installations artistiques, des expositions, un stand de réalité virtuelle et des concerts mettant à l’honneur des artistes syriens engagés.

Assem Hamsho incarne cet « autre regard » : après avoir documenté la condition des femmes et des enfants dans les camps de réfugiés au Liban, il a choisi pour sujet Paris, une des capitales les plus photographiées du monde pour y apporter son point de vue original d’exilé syrien résidant en France. 

L’exposition de photographies où expose Assem s’intitule « Carte blanche » et occupe une salle de l’ancien hôpital Saint-Vincent de Paul. Il y montre les photographies d’un Paris esthétisé et pacifique aux côtés de ses confrères exposant des oeuvres où figurent des scènes de guerre ou de désolation.

Intrigués, nous avons rencontré Assem qui nous a parlé de son engagement en tant qu’artiste syrien, du rôle de la photo à l’ère des réseaux sociaux et de la scène artistique syrienne hyper active.

Bonjour Assem, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Assem Hamsho : Je m’appelle Assem Hamsho. Je suis un photographe syrien qui habite en France depuis environ deux ans. J’ai fait plusieurs expositions en France. La première était ici à Paris avec pour sujet les femmes syriennes dans les camps de réfugiés au Liban. La deuxième s’intitulait « Les lieux du temps zéro » et parlait de la situation d’asile en montrant des photos d’enfants dans les camps de réfugiés. Aujourd’hui, c’est la première fois que je participe à une exposition de photographies en France sur la France.

Phtographie d'Assem Hamsho tirée des lieux des temps zéro

Photographie d’Assem Hamsho exposée dans « Les lieux du temps zéro » sur les enfants des camps de réfugiés au Liban.

Ta dernière série de photos ne traite pas de la Syrie mais de Paris, pourquoi ce choix ?

Ce que j’expose aujourd’hui est tout simplement « moi », en tant que photographe habitant en France. Ça fait deux ans que je regarde la vie autour de moi en essayant de trouver le photographe en moi, de vivre comme un être humain normal qui habite un nouveau pays et qui le comprend. Mais aussi qui voit ce pays avec son propre regard. J’aimerais dire au monde comment, moi, en tant que Syrien, je peux voir les choses de manière à la fois intéressante et professionnelle aujourd’hui, malgré toutes les difficultés que j’ai subies.

Photographie d'Assem Hamsho exposée lors du festival Syrien n'est fait

Photographie d’Assem Hamsho exposée lors du festival Syrien n’est fait

Est-ce que ton travail de photographe joue un rôle sur la perception que les gens se font de la situation en Syrie ?

Aujourd’hui, en 2017, nous vivons à une époque où il existe des technologies qui augmentent la rapidité avec laquelle les gens interagissent avec la photographie. Surtout sur les réseaux sociaux. La photo incarne tous nos sens : on peut la regarder avec les yeux, la sentir et interagir avec ses couleurs. La photo peut toucher certaines personnes et pas d’autres.

Mais nous qui défendons une cause, c’est notre mission de dire au monde comment les Syriens vivent. Où vivent-ils ? Quels sont leurs problèmes ? À quoi ressemble leur vie quotidienne ? Le monde dans lequel nous vivons est devenu tellement ouvert… Les gens suivent les nouvelles des autres tous les jours. La photo est devenue un acteur clé dans la vie des gens aujourd’hui.

C’est notre mission de dire au monde comment les Syriens vivent. Où vivent-ils ? Quels sont leurs problèmes ? À quoi ressemble leur vie quotidienne ?

Photographie d'Assem Hamsho tirée de l'exposition "Au bord de la terre ..."

Photographie provenant de la première exposition d’Assem Hamsho en France « Au bord de la terre … »

Quels artistes syriens nous conseilles-tu de suivre ?

Je connais la plupart des artistes et des photographes présents lors de ce festival. L’installation (une illusion d’optique ndlr) de Dino exprime ce que vivent des milliers de Syriens dans de nombreuses prisons en Syrie.

Il existe un site « La mémoire créative de la révolution syrienne » qui regroupe toutes les oeuvres d’art syriennes produites depuis sept ans.

Alors, bien sûr, j’encourage tout le monde à suivre ce qui se passe. Il est important de voir ce qui se passe dans d’autres endroits que ce pays. Il est important de voir comment vivent les gens et comment ils interagissent avec le sujet des libertés au Moyen-Orient et tous les problèmes qui vont avec. Aujourd’hui, il y a une comparaison entre « ce qu’a vécu l’Europe avant et ce qu’elle est devenue » et « ce qui ce passe aujourd’hui au Moyen-Orient et ce qui peut arriver bientôt ».

Quel message as-tu envie de faire passer grâce à ce festival ?

Que ce soit par le biais de ce festival ou par un autre moyen, les gens qui sont arrivés en France ont une mission éthique de dire au monde ce qui s’est passé en Syrie, et comment ils voient la vie maintenant. Une nouvelle vie se crée pour tout le monde. Dans le monde entier il y a des changements politiques, climatiques, etc. C’est pour cela que les gens doivent communiquer et regarder ce qui se passe autour d’eux. Alors oui, la photo a un rôle essentiel à jouer pour l’humanité.

Photographie d'Assem Hamsho exposée lors du festival Syrien n'est pas

Photographie d’Assem Hamsho exposée lors du festival Syrien n’est fait

C’est elle qui permet aux gens d’être notifiés des problèmes des autres. Aujourd’hui, les Syriens qui sont en France sont capables de construire leur identité et leur personnalité. Ils sont capables de dire au monde qu’ils peuvent créer de l’Art et de la civilisation.

Réponses traduites par Line Karout,