Écrit par Aurore Le Bihan

Le 25 janvier dernier avait lieu à Paris l’European Lab Winter Forum sur le thème de « l’imagination au pouvoir ».

MakeSense STORiES en a profité pour demander à une rédac’ chef allergique à la télé, deux podcasteuses dans le vent et un maire rêveur à quoi pourrait ressembler les médias et l’engagement du turfu.


Victoire Tuaillon pose régulièrement ses ovaires sur la table pour questionner la masculinité dans son podcast presque éponyme “Les Couilles sur la table” que la rédaction vous conseille vivement.

 

Pour toi, c’est quoi le podcast du turfu?

C’est une plus grande diversité et quantité de podcasts qui traiteraient de sujets très différents. J’imagine des podcasts de bonne qualité qui permettrait de découvrir des réalités auxquelles les auditeurs n’auraient pas accès autrement.

Quel rêveur verrais-tu au pouvoir ?

J’aimerais bien que les communautés autogérées prennent le pouvoir, comme à Findhorn par exemple.

Je ne crois pas à la dictature éclairée mais pourquoi ne pas donner le pouvoir aux rêveurs plutôt que mettre un rêveur au pouvoir !

Quel rêve un peu fou as-tu pour la société de demain ?

J’aimerais bien que tout le monde vive en pleine conscience de son impact, de son existence et du pouvoir qu’il a sur sa propre vie et ceux qui l’entoure. (ndlr : C tro bô)


 

Marie-Pierre Subtil fait partie de l’équipe d’Ebdo et pense qu’aujourd’hui le journalisme doit tisser des liens plus étroits avec le lecteur. Elle est la rédactrice en chef de 6Mois et en charge du festival Les Rendez-vous de juillet

 

Comment imaginez-vous le futur du photo-journalisme et des médias en général ?

J’aimerais que les gens arrêtent de regarder la télé où l’information coule en continu comme de l’eau sortant d’un robinet et qu’ils s’appuient sur leur propre expérience. Après avoir travaillé six mois sur un photoreportage dans l’industrie agroalimentaire, j’ai changé ma manière de me nourrir. J’ose espérer que certains lecteurs changent leurs habitudes par mimétisme après avoir lu des articles, en particulier les histoires mises en photos ! Il faut pousser les citoyens à s’interroger.

Quel rêveur verriez-vous au pouvoir ?

Par définition, un rêveur ne peut pas être au pouvoir. Cependant, le maire de Grande-Synthe qui a construit le premier camp de migrants contre l’avis du ministère de l’intérieur et qui fait pousser des pommiers dans sa ville incarne quelque part ce rêveur au pouvoir.

Par définition, un rêveur ne peut pas être au pouvoir.

Quel rêve un peu fou avez-vous pour le futur de la société ?

L’impôt sur la télévision, sur les 4×4 ou les hummers limousines ! Je ne peux quand même pas répondre ça, c’est pas très sérieux, un vrai rêve de bobo…


 

Damien Carême est maire de Grande-Synthe depuis 2001. Avec Médecins Sans Frontières, il construit en 2015 un camp humanitaire muni de locaux et de sanitaires pour aider les réfugiés migrants malgré l’absence de financement de l’Etat. Il est représentant des lecteurs d’Ebdo, un journal papier hebdomadaire lancé en janvier 2018. 

 

Quel rêveur verriez-vous au pouvoir ?

Chacun est au pouvoir puisque chacun est libre de décider de consommer ou de vivre de la manière qu’il souhaite. Avec Ebdo, nous voulons que chaque lecteur ait conscience de sa liberté décisionnelle. C’est un outil d’éducation populaire qui va amener le lecteur à s’interroger. En tant que maire, j’ai de nombreux rêves que je ne pouvais pas accomplir car j’étais à contre-courant des médias qui sont très formatés.

Avec Ebdo, nous voulons que chaque lecteur ait conscience de sa liberté décisionnelle. C’est, en quelque sorte, un outil d’éducation populaire qui va amener le lecteur à s’interroger.

Quel était votre ressenti par rapport au traitement des médias quant à la crise migratoire ?

Lors de mes altercations avec le ministère de l’intérieur, j’ai été surpris d’avoir les médias derrière moi. Ils ont été conquis par nos actions à contre-courant. Des journalistes du monde entier sont venus me rendre visite et m’interroger. J’avais honte de leur montrer le premier camp qui était dans un état déplorable et je leur ai donc recommandé d’aller directement interroger les habitants et de visiter le camp par eux-mêmes.

Que pensez-vous du monde des médias et de son influence sur la vie politique aujourd’hui ?

Les médias sont tous dans le même moule puisqu’ils sont tenus par des milliardaires qui n’ont aucun intérêt à ce que cela change. Je veux mettre en place des politiques alternatives parce que j’ai une ville qui souffre socialement avec 24% de chômage et 33 % des familles qui vivent sous le seuil de pauvreté.

J’essaie de convaincre la population qu’il faut se battre et je me démène moi-même pour que les élus à côté de chez moi s’investissent. Ils me disent : “Tu sais, Damien, si on dit ça aux entreprises, elles risquent de partir”. Mais il ne s’agit pas de les faire partir, plutôt de diversifier leurs activités car, un jour, elles vont s’arrêter complètement à ce moment là on sera confronté à un réel problème. Il y a des médias comme Reporterre ou d’autres qui sont très bien mais qui ne sont pas lus par les habitants et restent très spécialisés A Grande-Synthe, la population n’a pas vraiment accès à la presse, hormis le journal municipal.

Je veux mettre en place des politiques alternatives parce que j’ai une ville qui souffre socialement avec 24% de chômage, des revenus annuels moyens qui ne dépassent pas dix mille euros et 33 % des familles qui vivent sous le seuil de pauvreté.

As-tu un rêve un peu fou pour la société ?

Le revenu de base pour tout le monde, inconditionnel ! On va y arriver, on n’a pas le choix. Je suis candidat à l’expérimentation sur le revenu de base dans le cadre du plan de pauvreté lancé par le gouvernement. Mon père (ancien maire de Grande-Synthe ndlr) dans les années 80 avait lancé le minimum garanti.A Grande-Synthe, pour le moment il ne sera pas inconditionnel mais versé à ceux qui en ont le plus besoin.

Beaucoup d’emplois disparaissent aujourd’hui avec l’automatisation. Les commerces de centre-ville s’en vont avec le commerce en ligne. On va garder le boucher et le boulanger mais pour les chaussures et les livres, c’est fini.

Les commerces de centre-ville s’en vont avec le commerce en ligne. On va garder le boucher et le boulanger mais pour les chaussures et les livres, c’est fini.


Siham est la fondatrice de Génération XX, un podcast de conversations avec des femmes qui entreprennent, milieux et âges confondus. Leur point commun ? Elles sont créatives, passionnées, imparfaites et surtout inspirantes. 

 

Pour toi, c’est quoi le futur du podcast ?

On parle beaucoup de la révolution podcast et beaucoup de gens veulent créer le leur. Je me demande si cela ne va pas devenir une sorte de YouTube sauf qu’il n’existe pas de plateformes sur lesquelles on peut écouter des podcasts, hormis l’application Iphone ou Soundcloud assez peu intuitives… Le futur dépendra de ces plateformes et de leur facilité d’utilisation. 

Quel rêveur verrais-tu au pouvoir ?

Je vais faire ma meuf pédante, mais j’avoue que je n’admire personne. Je n’imagine personne de particulier au pouvoir… Je me nourris sans cesse de gens différents qui m’inspirent au quotidien et j’estime qu’il faudrait plus les consulter et les écouter. Au pouvoir, j’aimerais une personne capable  de centraliser les bonnes idées de tous les rêveurs !

Quel rêve un peu fou as-tu pour la société de demain ?

J’aimerais que chacun ait plus de curiosité pour s’intéresser aux autres et comprendre les situations d’autrui, pour tendre vers un véritable “vivre ensemble”. Il y a beaucoup d’inconnus sur lesquels on se fait des avis sans les connaître, ce qui crée des tensions dans la société. Il faut provoquer l’empathie !

J’aimerais une personne capable d’écouter et de centraliser les bonnes idées de tous les rêveurs !

Propos recueillis avec amour par Marie François et Aurore Le Bihan.