Écrit par Sense Reporter

Avec Chantiers Passerelles, Agathe et Sylvain souhaitent faire du Travail d’Intérêt Général (TIG), peine alternative à la prison, une véritable opportunité d’insertion professionnelle et de prévention de la récidive.

Chantiers Passerelles

Complémentaires

Agathe et Sylvain se sont rencontrés à Centrale Paris, dans le cadre de la filière Entrepreneurs. Ils ont décidé d’entreprendre ensemble.

Sylvain

Sylvain de Chantiers Passerelles

Idéaliste, Sylvain l’a toujours été et se définit comme tel. Très engagé, il se passionne pour la “chose politique”, la Res-publica. Il est particulièrement actif au sein de GENEPI, association estudiantine qui souhaite favoriser le décloisonnement des institutions carcérales. Leur mode d’action : créer des ponts et des échanges de savoirs entre les personnes enfermées, des bénévoles et la société civile. Arrivé à la fin de ses études, il refuse de décrocher et cherche à s’engager dans un projet qui fasse socialement sens pour lui. Il commence alors à se questionner sur la thématique carcérale, son coût, son sens et son efficacité. Sujet atypique souffrant d’un certain nombre de préjugés. Chantiers Passerelles est en chemin…

“Je voulais me confronter au terrain, voir ce que j’étais capable de faire au delà de ce que j’étais capable de dire ou de penser.” Sylvain

Agathe de Chantiers Passerelles

Agathe de Chantiers Passerelles

Agathe intègre également la filière Entrepreneurs de Centrale avec une forte envie de s’engager. Elle travaille sur quelques embryons de projets avant d’apprendre que Sylvain cherche un appui sur son projet de valorisation des peines alternatives à la prison. Convaincue du sens de cette initiative, Agathe n’hésite pas longtemps. Chantiers Passerelles est né.

Si leur formation est sensiblement identique, Agathe et Sylvain ont chacun des talents et appétences particuliers qui font de leur binôme une équipe qui fonctionne. Alors que Sylvain fait preuve d’une réelle capacité à convaincre les acteurs concernés de se mettre autour d’une table pour réfléchir ensemble, Agathe démontre une belle sensibilité dans l’organisation et l’animation de formations pour les jeunes bénéficiaires.

Convaincus

Ensemble, ils construisent donc un projet sur des valeurs fortes et leur nécessité de s’engager.

Dans les faits, la prison représente un coût très élevé et malgré cela, on relève encore un taux de 61% de récidive (après des peines de moins de 12 mois). Agathe et Sylvain se demandent donc pourquoi la prison reste autant utilisée et qu’elle est son utilité. Ils se concentrent particulièrement sur la peine de Travaux d’Intérêt Général. Cette sanction alternative qui n’implique pas d’enfermement consiste à travailler pour la collectivité et sans rémunération pendant quelques dizaines d’heures. Cette peine existe depuis 30 ans, mais reste très sous-exploitée (environ 25 000 peines de TIG pour plus de 90 000 peines de prison de moins d’un an). La majorité des condamnés au TIG ont moins de 30 ans et ont peu ou pas d’expérience professionnelle, peu ou pas de formation. Le TIG, c’est donc une opportunité pour (re)découvrir l’univers du travail, reprendre un rythme fixe, retrouver confiance en l’autre, et surtout confiance en soi.

Agathe et Sylvain trouvent ainsi leur objectif : faire des TIG un tremplin, un temps de reconstruction qui facilite la réinsertion et prévienne la récidive.

Accrochés à leurs valeurs et à la conviction que c’est possible, ils se lancent dans l’aventure… plus mouvementée que prévu.

Humbles

Chantiers Passerelles est un défi. Accompagnés par le SenseCube, Agathe et Sylvain se confrontent aux réalités du terrain, rencontrent de nombreux acteurs, des institutions, des associations. Leur objectif : mettre en place les premiers ateliers avec des jeunes difficiles pour prouver la pertinence et l’impact de leur initiative.

Il faut dire que la création d’une vraie légitimité à intervenir sur le sujet est un enjeu crucial alors qu’ils évoluent dans un contexte aussi “sérieux” que celui de la Justice.

Résilients

Au fil du temps, ils rencontreront un certain nombre de freins à travailler au contact de l’administration pénitentiaire. Des délais jusqu’aux attentes en passant par les principes, de nombreuses divergences interviennent et il devient alors compliqué de communiquer et de construire ensemble. Agathe et Sylvain doivent également réussir à convaincre les acteurs du secteur que Chantiers Passerelles n’est ni une privatisation ni une critique du travail réalisé jusque là.

Le parcours des deux entrepreneurs est loin d’être tracé, mais Agathe et Sylvain ont une qualité précieuse : la résilience.

“Résilience (psychologie) = Résistance psychique face aux aléas de la vie.”

Suite à la découverte du terrain, ils décident de tout faire pour intégrer leur projet dans l’existant, malgré l’environnement contraignant. Que les acteurs du secteur le veuillent ou non, Chantiers Passerelles a à coeur d’agir auprès des jeunes en TIG, alors autant que tout le monde travaille ensemble !

Au-delà de cette stratégie “de l’entêtement”, Agathe et Sylvain comprennent rapidement la valeur des relations humaines et l’intérêt de rencontrer personnellement leurs interlocuteurs. C’est avec une véritable conversation que les blocages tombent et il n’y a rien de mieux pour apprendre des professionnels du terrain. En faisant preuve d’écoute, d’humilité, et surtout de résilience, Sylvain et Agathe sèment leurs graines.

Depuis, ils ont non seulement organisé leurs 2 premières sessions expérimentales, mais ces dernières ont eu un impact considérablement positif. L’expérience sera reconduite en 2016.

Petit à petit, ils se rendent compte qu’à force de secouer l’arbre, les fruits commencent à tomber. Par exemple, l’Union Nationale des Missions Locales vient de lancer un groupe de travail sur la question suivante : Comment se saisir du sujet des TIG?

Où les arrêtera-t-on ?

Découvrez-les sur leur site !

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