Écrit par Louise Bernard

Nominé pour l’Oscar du meilleur film étranger, ce long-métrage de Ziad Doueiri sorti en salle le 31 janvier dernier est un bijou de délicatesse pour parler des tensions internes au Liban aujourd’hui, sans jamais tomber dans le manichéisme.

Le film de Ziad Doueiri fait beaucoup parler de lui : nominé pour l’Oscar du meilleur film étranger alors qu’il a failli être censuré à Beyrouth, ce long-métrage franco-libanais dépeint une société qui est encore marquée par les fantômes de l’histoire récente du pays.

Tout commence par un événement sans grande importance : lors d’une petite altercation, Yasser, contremaître sur un chantier commandé par la mairie, insulte Toni, un résident du quartier résidentiel chrétien de Fassouh. Seulement les choses n’en restent pas là, et l’incident prend des proportions extrêmes car Toni est un chrétien Libanais, tandis que Yasser est un réfugié Palestinien. Les rancoeurs tenaces qui déchirent ce petit pays vont donner à cette insulte une ampleur nationale…

Si l’idée de mettre en scène un événement bénin qui s’envenime jusqu’à prendre des proportions dantesques n’est pas nouvelle (on pense par exemple à l’excellente série australienne The Slap), l’Insulte prend une véritable dimension politique et dénonce l’omerta qui règne dans un pays au gouvernement fragile. Et c’est cela que Ziad Doueiri, qui a coécrit le scénario avec Joëlle Touma, a voulu décrire : le Liban a été une terre d’accueil pour des réfugiés venant de tout le Moyen Orient durant des décennies, accueillant l’équivalent du quart de sa population entre 2011 et 2017, et n’a pas encore réussi à construire un récit national pacifiste auprès d’une population encore hantée par les souvenirs de la guerre civile de 1975-1990.

Seulement les choses n’en restent pas là, et l’incident prend des proportions extrêmes car Toni est un chrétien Libanais, tandis que Yasser est un réfugié Palestinien. Les rancoeurs tenaces qui déchirent ce petit pays vont donner à cette insulte une ampleur nationale…

Doueiri sert efficacement son propos avec une mise en scène très rythmée, aux mouvements de caméra souples qui subliment à la fois les personnages et celle qui est finalement un protagoniste central du film : Beyrouth. Les dialogues sont vifs et on passe d’un point de vue à l’autre sans heurts, tout en réservant de jolis rôles aux femmes (on pense à la compagne de Toni ou bien à la jeune avocate qui décide de défendre Yasser).

Le but de ce film n’est pas d’affirmer une prise de position, mais plutôt de décrire le climat de tension qui est celui du Liban d’aujourd’hui à travers le récit d’individus aveuglés par la colère face à l’oppression, qui luttent pour panser des blessures anciennes et, à terme, retrouver confiance dans la justice étatiques. Avec ce long-métrage sur la mémoire et la recherche de la dignité, Doueiri montre que le peuple peut être celui qui fait le premier pas vers la conciliation.

Note ★★★★★ – Un film qui donne envie de se rabibocher avec son voisin

Pour aller plus loin


PASSER A L’ACTION 

Si cette histoire vous donne envie d’agir, voici quelques idées :

Vous aimeriez donner un coup de main pour l’accueil des réfugiés, mais vous ne savez pas comment faire ? On vous propose de jeter un coup d’oeil à la campagne MakeSense Refugees : nous recensons des initiatives dans le monde entier autour de l’accueil des réfugiés, de quoi s’informer et s’investir. Vous pouvez également organiser une projection du documentaire Waynak dans votre ville.

Vous avez envie de soutenir la reconstruction du Liban ? Découvrez le Lebanese Architecture Club, une association étudiante de Beyrouth qui vise à créer une vraie communauté d’architectes, designers et artistes pour repenser la ville en terme d’éducation, d’impact social et de soutien à la jeunesse.

Vous rêvez de défendre devant un tribunal les droits des réfugiés ? Les associations comme la Ligue des Droits de l’Homme, France Terre d’Asile ou la Cimade sont en permanence à la recherche de personnes ayant une expertise juridique pour accompagner les demandeurs d’asile dans toutes leurs démarches.


À propos de l’autrice : Louise Bernard est une Parisienne diplômée en commerce, grande adepte des salles obscures de la capitale. Elle sort parfois à la lumière du jour pour apprendre les rudiments de la permaculture, pour visiter le monde ou pour manifester.
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