Écrit par Sense Reporter

Face à l’ampleur du changement climatique, beaucoup se posent la question (peut-être toi) de savoir ce que l’on peut faire et si agir individuellement est vraiment utile. Pour certains, avoir de l’impact et entrainer un vrai changement implique d’avoir du poids et du pouvoir. Quand on n’est ni Al-Gore, ni Total, ça complique la tâche et on se sent vite impuissant.

Savoir par exemple qu’en utilisant le train, plutôt que la voiture, pour aller voir Mamie à Nevers depuis Paris nous fait économiser 28kgs de CO2 en moyenne, ça nous fait une belle jambe. D’autant plus quand on sait que le monde en a émis en 2017 environ 41 milliards de tonnes.

C’est là qu’intervient Julien Vidal et son initiative. Il s’est rendu compte que c’est en agissant chacun à son échelle que démarre le changement. Il a fait sienne la fameuse maxime de Ghandi, « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » et a inventé son propre concept, «Ca commence par moi ». Pour les plus cartésiens c’est un peu « vas-y fonce et oublie que t’as aucune chance ». Sauf qu’à la fin, dans le monde de Julien, qui risque de devenir le tien, Jean-Claude conclut et sauve la planète.

David : Dis-nous, Julien, qui es-tu et quel est ton projet ?

Julien : Je suis grenoblois, j’ai 32 ans et j’ai créé le projet « Ca Commence Par Moi » ! L’idée de ce projet est simple : tester et adopter dans mon quotidien chaque jour une nouvelle action éco-citoyenne pendant 1 an pour montrer qu’on peut tous participer à la construction d’un monde meilleur et qu’en plus, ça permet d’optimiser son temps, de faire des économies d’argent, d’être en meilleure santé et d’être beaucoup plus heureux. Fort de cette expérience extraordinaire qui s’est terminée le 31 août 2017, je continue sur ma lancée en partageant ces bonnes pratiques, notamment en animant une émission de radio intitulé « Ca Commence Par Nous », en organisant des ateliers ou encore en écrivant un bouquin.

Pour changer aussi radicalement son mode de vie, il faut sortir de l’ordinaire non ? Quel est ton superpouvoir ?

Julien : L’optimisme. Pas évident de se dire qu’on a vraiment le pouvoir de faire bouger les choses à son échelle. D’ailleurs, nous les français, nous sommes les champions du pessimisme dans le monde avec 86% de nos compatriotes qui pensent que l’avenir de leurs enfants sera pire que le leur. Moi, je suis plutôt le genre de gars qui est heureux du chemin parcouru plutôt que de me stresser en regardant le reste de la montagne qu’il reste à gravir !

Avec ce projet et la communauté grandissante qui te suit, tu dois avoir quelques histoires de prise de conscience ou changements intéressantes. Pourrais-tu nous en livrer une ou deux ?

Julien : Oui effectivement. Et ce qui est le plus intéressant, c’est que ça passe souvent par des petits détails. Il y a pas longtemps, un jeune qui était dans un des ateliers m’a dit : « mais en fait c’est hyper simple d’agir, si j’avais su qu’avec un stop pub on pouvait économiser autant de papier, ça fait longtemps que je l’aurais fait » !

Être un éco-citoyen, c’est réservé à une élite ?

Julien : Absolument pas, ce n’est ni une question de connaissances, ni une question de temps, ni une question de moyens. Il n’y a qu’à prendre l’exemple du groupe « Gestion budgétaire, entraide et minimalisme » où plus de 110 000 personnes échangent leurs bonnes pratiques pour adopter des habitudes éco-citoyennes tout en faisant des économies !

Et puis je pense également aux jeunes volontaires en Service Civique qui parfois n’ont même pas obtenus leur brevet ou leur bac et qui pourtant décident de joindre leurs forces pour proposer des actions positives pour la société !

Et le bonheur dans tout ça ? C’est dur de tenir ces engagements ?

Julien : Pour moi, ça n’a pas du tout été difficile de m’y mettre car j’ai décidé d’en faire un jeu. Chaque jour était l’occasion d’essayer une action différente qui me faisait sortir un peu de ma zone de confort mais pas trop. Et puis si je n’y arrivais pas, je recommençais le lendemain car chaque nouvelle journée est une nouvelle opportunité de devenir la meilleure version de soi-même.

Et le bonheur dans tout ça ? Il est absolument partout puisque vivre en cohérence avec ses valeurs permet de nous alléger considérablement du poids de la culpabilité causée par tous ces gestes que l’on fait alors qu’on sait que c’est mauvais pour nous, pour les autres et pour la planète. Et puis parce que du coup, mes journées se sont transformées en une succession de petite victoire. Autant de shots de bonheur qui font qu’on se sent au top grâce à des tous petits détails.

Comment je fais pour convaincre autour de moi que même des micro-changements ont un impact sur notre environnement ?

Julien : Moi, je n’ai jamais eu autant d’impact sur les autres depuis que j’ai décidé d’arrêter d’essayer de changer les gens autour de moi. Je suis heureux, j’avance, j’apprends tous les jours ! Mais comme on dit « l’expérience est une lumière qui n’éclaire que celui qui la porte », du coup c’est trop souvent contre-productif de faire dire à l’autre qu’on a raison alors que nous n’avons tout simplement pas les mêmes expériences, les mêmes apprentissages, les mêmes envies, etc… Je pense que c’est en montrant l’exemple qu’on arrive à susciter l’intérêt chez les gens pour qu’ils puissent ensuite être ouverts afin d’aborder ces questions sereinement sans que l’un doive écraser l’autre.

Je n’ai jamais eu autant d’impact sur les autres depuis que j’ai décidé d’arrêter d’essayer de changer les gens autour de moi.

Quels challenges as-tu rencontré dans le développement de « Ca commence par moi » ?

Julien : J’avais quelques idées d’actions notées dans une to-do list dans un coin mais au bout de la 100ème action, je me suis rendu compte qu’il y avait encore 265 actions à tester ! Du coup, j’ai dû vraiment m’organiser pour trouver de nouvelles idées, avoir de nouvelles sources d’inspiration et organiser mon agenda pour toutes les tester. C’est comme ça que je me suis rendu à quel point bien choisir ses sources d’information était un acte citoyen indispensable.

As-tu un mentor inspirant ?

Julien : Pas forcément un en particulier mais oui plusieurs personnes m’ont inspirées. Il y a eu Colin Beavan avec son aventure « No impact Man », Pierre Rabbhi avec « Vers la sobriété heureuse ». Je suis aussi très admiratif du mouvement des villes en transition lancé par Rob Hopkins !

Comment vois-tu l’évolution de ce projet dans les années à venir ?

Julien : J’ai des milliers d’idées. Pour l’instant, la prochaine étape est de développer un format d’ateliers et des outils en accès libre qui permettront aux éco-citoyens accomplis de pouvoir rayonner autour d’eux de manière concrète et optimiste. L’idée est de vraiment créer un vrai effet boule de neige pour que chacun puisse influencer positivement 1, 2, 5, 10, 20, 50 personnes dans leur entourage, leur école, leur entreprise, leur association, etc…

Tu disais être revenu en France dans le pays le plus pessimiste du monde. As-tu vu du changement depuis ?

Julien : Oui, je n’en reviens pas du changement qui est en train de s’opérer en France. C’est cette effervescence qui m’a confortée dans mon idée de lancer « Ca Commence Par Moi ». D’ailleurs j’ai récemment eu coup sur coup un président d’association québécois et une journaliste allemande qui m’ont dit à quel point ils étaient surpris de l’essor extraordinaire d’initiatives éco-citoyennes dans notre beau pays. Ils me disaient même que ça allait bien plus vite en France que chez eux alors que pourtant l’Allemagne et le Québec sont plutôt des bons élèves en la matière.

En 2017, la date du « dépassement » a été fixée au 2 août, pourquoi intervient-elle le 31 mars pour toi ?

Julien : Parce que grâce à toutes ces actions que j’ai adoptées dans mon quotidien, j’ai pu diviser mes émissions de CO2 par 4. Un français émet en moyenne 9 tonnes de CO2 alors que je n’en émets plus que 2 tonnes. Ce qui veut dire que si tout le monde vivait selon les mêmes standards que moi, nous ne consommerions plus que les ressources produites par 0,8 planète. C’est pour ça que mon jour du dépassement intervient seulement le 31 mars de l’année suivante.

Tu dis que le web a une empreinte écologique importante, qu’on ne met pourtant que très peu en avant dans les discussions sur l’environnement. Penses-tu qu’il s’agisse du prochain combat à mener pour sauver la planète ?

Julien : II s’agit effectivement d’un des gros sujets sur la table en ce moment. Le hic avec Internet, c’est qu’on ne voit vraiment pas la pollution qu’il génère. Les serveurs sont cachés et un écran allumé nous parait finalement inoffensif pour l’environnement. Il y a un gros travail d’éducation dans le domaine et c’est urgent parce que la pollution d’Internet est exponentielle. Elle sera multipliée par 3 d’ici 2020 !

Tu te consacres aujourd’hui à plein temps à ton projet, tu arrives à en vivre ?

Julien  : Je suis à 100% sur le projet depuis septembre 2017. J’ai rejoint Antropia, l’incubateur de l’ESSEC pour pouvoir construire mon modèle sereinement. Je me suis donc laissé un an pour pouvoir tester plein de choses de manière à être certain de ce qui marche le mieux au niveau de l’efficacité, du temps passé à développer chaque activité et bien entendu en ce qui concerne la pérennité financière. Aujourd’hui je vis grâce aux allocations du chômage mais j’arriverai à vivre du projet à partir de septembre 2018. 1 an pour stabiliser un projet, c’est pas mal dans le monde de l’ESS non ?

Quel serait ton « Act Now » pour nos lecteurs ?

Ça serait de se poser la question de quelles sont ses passions, puis d’aller sur www.cacommenceparmoi.org pour trouver une action éco-citoyenne à adopter dans ce domaine. Ça peut être la cuisine, la mode, la technologie, le DIY, etc… l’important est de commencer dans une thématique qui nous plaise pour que ce changement d’habitude nous paraisse simple et valorisant. Une belle manière de commencer à tirer la bobine du changement !


A propos de l’auteur 

David diplômé en sciences politiques, a finalement renoncé aux relations internationales pour se consacrer aux causes sociales plus proches de lui. L’entrepreneuriat dans les quartiers est son métier, l’entrepreneuriat social et le journalisme, sa passion #Quartiers #Economiepositive