Écrit par Sense Reporter

La création joue-t-elle toujours son rôle dans le débat d’idées et dans la réflexion sur les enjeux planétaires ? La réalisatrice, musicienne et illustratrice Loup Blaster nous dit oui !

Oui, on peut raconter la crise migratoire de plusieurs façons, et la création a son rôle à jouer là-dedans. L’objectif ? Aider à faire comprendre les enjeux au plus grand nombre en diversifiant les points de vue. A ce petit jeu là, Louise Druelle a des trucs à raconter. Sous son pseudonyme Loup Blaster, elle illustre ce qu’elle juge important avec un style libre et singulier. Elle fait aussi de la musique, en tant que Hibou Blaster. Et elle a encore des envies et des idées en stock, tant qu’elle pourra allier deux principes qui lui sont chers : garder une liberté de création la plus grande possible, et tenter d’apporter un autre éclairage sur les sujets auxquels elle s’intéresse, de son travail sur la “Jungle” à Calais jusqu’à la circulation des idées entre citoyens. Il fallait bien que MakeSense et Loup Blaster se causent, non ?

MakeSense : Comment tu définis ce que tu fais dans la vie ?

Loup Blaster : J’ai beaucoup d’activités différentes. Entre les arts visuels, le son, la performance… J’ai une formation en cinéma d’animation à la base, en 2D image par image. J’y ai appris le dessin, la peinture, c’était assez traditionnel, mais j’aime ça, je travaille beaucoup sur papier. J’avais des potes qui faisaient du son, donc j’ai commencé par réaliser des clips à la sortie de l’école? J’ai fini tôt, à 21 ans. Le cadre scolaire ne me correspondait pas trop, j’ai vite eu besoin d’expérimenter. J’ai navigué entre Lille et chez mes parents, en développant mes projets : VJing, artworks pour mes amis, animation, illustrations…

Tu étais partie pour devenir réalisatrice, à la base ?

Disons que je prends les choses comme elles viennent. Je n’avais pas envie d’attaquer directement par des projets pour de l’argent, éviter les commandes, faire de projets qui me plaisaient. Tout en restant ouverte à toutes les possibilités intellectuelles. Je suis aussi intéressée par le journalisme. Tant qu’il y a des réflexions et des projets qui me conviennent, je regarde où les rencontres peuvent me porter.

C’était quoi le déclic qui t’a fait considérer que ce que tu faisais pouvait alimenter la réflexion autour de la situation à Calais ?

Si tu veux parler de mon court-métrage “Al Hurriya”, son thème a été proposé par un collectif international d’animateurs nommé Late Work Night Club : il fallait travailler sur la thématique “strangers” (“étrangers”). Avant ça, j’avais envie de faire un travail vidéo sur Calais, ils m’ont donc proposé d’entrer dans leur collectif et de faire un travail sur ce thème dans la “Jungle”. En commençant à rencontrer les gens et les réseaux de solidarité autour de la situation à Calais, je me suis rendu compte avec mes premiers croquis que le dessin était un outil très puissant pour créer des discussions sur cette situation. Notamment sur les réseaux sociaux, où les gens réagissaient beaucoup plus qu’avec des photos, comme s’ils étaient immunisés. Et personne n’aime vraiment être pris en photo, alors qu’il y a un dialogue humain qui se crée lors de la création d’un dessin.

Tu penses avoir un rôle à jouer dans la résolution de cette crise ?

Déjà, dans ma famille, on parle beaucoup entre nous à table. Mon père est luthier, ma mère est psy, on a été mis au courant très tôt des enjeux du monde dans notre foyer avec mes soeurs. Je suis sensible à beaucoup d’autres sujets que celui de la crise migratoire. Je m’intéresse aux enjeux écologiques, politiques, sociaux, notamment sur tout ce qui touche les discriminations. Et ma manière de m’exprimer, c’est le dessin, l’animation, la musique… Et je ne veux pas me censurer, je mets tous ces sujets au même niveau d’importance que des sujets plus abstraits ou personnels, par exemple. Ce sont des idées, elles sont alimentées par tout ce qu’il y a autour de moi. Du coup, je ne me dis pas “je suis engagée”, mon engagement fait partie d’un tout.

La création peut-elle amener une discussion différente dans la sphère de l’engagement citoyen ?

Pour moi, ce n’est jamais bon de mettre les gens dans des rôles définis. Ce n’est pas parce qu’on a une activité dans la vie qu’elle doit nous étiqueter dans une place, et qu’on ne doit pas en bouger. Il y a des artistes “engagés” dans leur travail qui parlent peu en public, des artistes dont le travail est très personnel et qui ont des choses à dire à côté de leurs créations, des gens de la société civile qui peuvent s’exprimer sur la vie politique, etc… Chacun fait ce qu’il fait selon ses propres décisions, mais c’est important pour que tout se décloisonne que ce truc de légitimité et de catégories s’efface un peu. Parce que c’est comme ça que les gens vont se mettre à parler entre eux, que les idées vont circuler davantage, et qu’on va retrouver un peu plus d’entraide, de vivre-ensemble, tu vois ? Donc oui, la création peut amener des choses dans la sphère de l’engagement citoyen, le contraire est vrai également, mais le vrai truc, c’est pas de voir ça comme des espèces de cercles mis les uns à côté des autres…