Écrit par Aurore Le Bihan

Dans le cadre de la Nuit des Idées le 25 janvier prochain, l’European Winter Lab forum propose de faire réfléchir les couche-tard sur « l’imagination au pouvoir » au grand marché Stalingrad à la Rotonde (Paris). À l’heure où le « réalisme » règne en maître dans les discours politiques et est invoqué à toutes les sauces pour nous décourager de voir grand et mieux, cette remise au rêve tombe à pic !

C’est la 3e édition de l’European Winter Lab forum !

Dans une démarche résolument optimiste, loin du défaitisme ambiant, l’European Winter Lab forum promet de nous élever les neurones, de nous stimuler les synapses avec une programmation pointue, ambitieuse et engagée. On se laissera donc bercer par les paroles des intervenants venus nous parler de podcasts, de média qui rebattent les cartes, de sorcières et de dissidence.

Nous avons posé des questions perchées à Meryl Laurent, la coordinatrice de l’European Winter Lab forum pour qu’elle nous raconte son rapport à la nuit, sa vision du monde (rien que ça), Nan Goldin qui a failli se barrer au milieu d’une interview et l’importance du paresseux pour passer à l’action. 

Pour prendre ses billets pour l’European Winter Lab forum, c’est par ici ! Et c’est gratuit !

European Lab Winter forum – 3e édition
jeudi 25 janvier 2018 de 18h30 à 01h00
Grand Marché Stalingrad, Paris
Gratuit sur inscription

La citation qui se la pète :

« Après avoir exercé sa créativité de façon illimitée dans les univers fictifs où il règne en maître, le rêveur doit apprendre à l’investir aussi dans sa vie réelle. Il lui faut trouver le moyen de se piquer au jeu du réel, au lieu de le dédaigner ou de le croire perdu d’avance »

Mona Chollet dans la Tyrannie de La Réalité.


MakeSense STORiES : Le thème de cette édition du European Lab Winter est « l’imagination au pouvoir ? » Est-ce que tu penses que nous manquons d’utopies dans lesquelles nous projeter pour inventer un monde meilleur ?

Meryl Laurent : Bien au contraire. Nous vivons une période de transition inédite. Je pense souvent à cette célèbre phrase d’Antonio Gramsci qui me parle tant : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair obscur surgissent les monstres ». Mais je crois surtout qu’en face des monstres, surgissent des alternatives incroyables, partout, démultipliées au coeur de la société civile, du monde associatif, de la sphère numérique et du secteur culturel. Les gens créent, inventent et contournent les carcans de ce vieux monde pas encore tout à fait mort, façonnant justement les prémices du monde de demain. Cette période de transition est une chance pour notre génération qui a été biberonnée aux peurs du sans emploi, du sans logement et des tours du 11 septembre qui s’effondraient en annonçant le craquèlement de ce vieux monde. On a de moins en moins peur. Inévitablement. Alors on imagine, et on avance.

Je viens de passer six ans à l’affût de tous les projets en émergence aux quatre coins de l’Europe, à poser un regard attentif sur ceux qui avaient le courage de se bouger pour recréer du commun entre nous et je ne sais pas qui peut encore dire que la jeunesse est blasée.

On oppose souvent l’imagination à l’action. Est-ce que pour toi imaginer, c’est le contraire d’agir ? Ou au contraire ce sont deux notions complémentaires ?

Ceux qui n’imaginent pas sont cuits, empaillés. Le monde a besoin de bulles d’imagination pour se projeter.

Vous commencez l’édition avec Michaël Fœssel qui a écrit un superbe essai sur la nuit. Et toi, c’est quoi, ton rapport à la nuit ?

Michael Fœssel et son essai « La Nuit, vivre sans témoin »

« Nos nuits sont plus belles que vos jours » disait Racine. Je vais le citer ici plutôt que de parler de ma passion pour le Gin Tonic (partagée par l’équipe ceci dit) et des soirées organisées par mes amis du Collectif « Plus belle la nuit » et leurs Garçons sauvages qui sont les soirées les plus incroyables que j’ai eu la chance de faire. Plus sérieusement, j’aime la nuit pour l’espace de liberté qu’elle représente pour l’individu et la force du collectif aussi qui s’y tisse.

Tu sais, ces moments uniques vécus dans des foules en transe – ces moment infimes, peut être quelques secondes, où tu sais, tu ressens au fond de toi que tu touches un moment de grâce unique et partagé par tous ? J’ai toujours été estomaquée par la puissance de ce qui peut se passer sur les dancefloors.

En me relisant, je trouve ça un peu désuet ou ringard de l’exprimer ainsi mais j’assume !

J’ai toujours été estomaquée par la puissance de ce qui peut se passer sur les dancefloors.

Qu’aurais-tu envie de dire à un jeune qui a envie de passer à l’action citoyenne mais qui ne sait pas par quel bout où commencer ?

C’est un apprentissage et une vigilance de tous les jours de ne pas se laisser happer par l’indifférence, cultiver son empathie, se sentir concerné, sortir de sa bulle sociale, professionnelle et surtout numérique ! On vit une époque quand même bien étrange où chacun a les épaules courbées sur son téléphone la plupart du temps, dans des bulles d’informations exclusivement gérées par nos likes et les algorithmes. Alors, c’est quoi agir ?

L’action citoyenne se joue tous les jours dans le regard, l’empathie que l’on peut porter sur autrui, et puis évidemment par les actes qui suivent. Elle se joue dans nos usages propres, faire le choix de consommer local, d’aller le moins possible dans la grande distribution, trier ses déchets, utiliser des logiciels open source sur internet et pourquoi pas s’investir dans une asso. On a la chance d’avoir un tissu associatif très fort en France, la société civile n’a jamais été aussi mobilisée. Des assos formidables se bougent au quotidien et permettent de s’engager, aussi, à la hauteur du temps et de l’envie qu’on a. Pour ma part, je suis beaucoup l’association Singa (une association qui crée du lien entre les migrants et leur société d’accueil ndlr).

On a la chance d’avoir un tissu associatif très fort en France, la société civile n’a jamais été aussi mobilisée.

Si tu devais nous raconter un souvenir lié aux European Lab

La venue de Nan Goldin ? J’étais trop heureuse et fière de l’accueillir, je suis tellement fan de son travail. J’ai passé ma journée à la convaincre de ne pas annuler sa conférence. Clairement ça l’a saoulé. Puis on a remonté la pente.

Nan Goldin, photographe mythique

Un ami journaliste – Wyndham Wallace – a accepté d’animer la discussion avec elle (alors qu’elle voulait absolument être seule). Il est arrivé en retard car il l’attendait dehors. Quand il est arrivé dans la salle (en courant), elle était à deux doigts de partir, sac à main et canette de Red Bull à la main. Il a sauté sur scène, ils se sont rassis, il était fébrile, en sueur et a commencé l’interview par une énorme bourde sur sa soeur

« Elle était à deux doigts de partir, sac à main et canette de Red Bull à la main. »

Elle a failli quitter le plateau puis la magie a opéré… De questions en questions, ils ont fini par se comprendre et se trouver pour donner lieu a une discussion à bâtons rompus pendant deux heures, un échange passionnant sur sa carrière. Inarrêtable. Il en a fait un article sur The Quietus – mémorable.


Un nouveau média qui rebat les cartes ? 

Ebdo qui vient de sortir son premier numéro, je suis pas hyper fan de cette première couv’ rouge mais passionnée par le projet et la façon dont ils le montent. C’est une équipe formidable, d’excellents journalistes et ce sont clairement des visionnaires.

Le premier numéro d’Ebdo, paru le 10 janvier 2017

Une sorcière qui nous veut du bien ?

Camille Ducellier qui vous tire les cartes sur Reboot Me.

Une invitation au rêve ?

Avec le Collectif Catastrophe, leur live est une grande virée onirique. Leur livre La nuit est encore jeune.

Une lecture électrique ?

Europa notre Histoire, un livre contributif dirigé par Etienne François et Thomas Serrier qui retrace l’Histoire de l’Europe depuis Homère. Une histoire lue pendant les Lectures électriques le 25 janvier prochain.

Un podcast à mettre dans toutes les oreilles ?

Mycose The Night d’Elodie Font (« Coming in« ) et Klaire fait Grr (« Casser la voix« )
Avec l’aide de Google et de Jean-Jacques, le robot relou, elles mélangent infos culturelles et blagues pourries tous les 15 jours dans Mycose the night.

Un truc qui donne envie de s’engager pour sauver le monde ?

Un paresseux.

Un argument imparable pour convaincre son pote d’aller a l’European Winter Lab ?

Le seul endroit où vous pourrez écouter Michaël Fœssel et Sarah Harrison – la grande journaliste de WikiLeaks en mangeant une pizzeta et en buvant un gin tonic.