Écrit par Sense Reporter

Bon, on ne va pas se le cacher, Julien a un peu déconné ce 30 janvier. « C’est à peu près une cinquantaine d’hommes isolés, en Ile-de-France, pour être très précis » a-t-il clamé sur France Inter.

Le secrétaire d’Etat Julien Denormandie parle bien ici de sans-abri qui n’ont que le ciel pour couvre-chef une fois la nuit tombée. Seul, on va plus vite, ensemble on va plus loin, son camarade Sylvain Maillard en étaye même le propos sur RFI le 5 février « l’immense majorité » dort dans la rue « par choix ».

Bon.

C’est là qu’on intervient non ? Dans un premier temps, nul besoin, Julien s’occupe lui-même du service après-vente. Ce dimanche 11 février sur RTL, il rectifie et assure qu’il évoquait le « nombre de personnes qui appelle le Samu Social à Paris en fin de journée » et se voient refuser l’accueil en hébergement d’urgence.

On se rapproche de la réalité. Et encore, juger d’une « réalité » que personne ne peut clairement quantifier aujourd’hui, pas même l’INSEE semble un brin osé. Car le dernier décompte officiel date de 2012, autant dire une éternité. A cette époque, l’institut chiffrait à 143 000 le nombre de personnes sans logement en France dont 112 300 avaient fréquenté les services d’hébergement et de restauration.

D’ailleurs puisque l’on parle de chiffres, restons-y ; cette même année 28 000 SDF étaient comptabilisés pour la seule région francilienne dont une grande partie à Paris. Gageons qu’avec les conséquences des différentes crises récentes (économiques, internationales et donc migratoires…) leur nombre a explosé. 143 000 c’est environ 15 000 personnes de plus que le nombre de places disponibles en hébergement d’urgence aujourd’hui en France.

Passer à l’action !

Julien, tu sembles sur la voie du repentir et de la raison. Que dirais-tu de continuer sur cette voie ? Voici quelques pistes pour aller encore plus loin :

#1 Informe-toi avant d’agir

Pour en apprendre plus et aiguiser son sens de la nuance et des réalités, s’informer sur le site simplecommebonjour.fr avant de vouloir aider un SDF pour ne pas s’y prendre de la mauvaise façon et « jouer les super-héros » quand on n’est malheureusement qu’un simple humain. C’est le passage préalable à l’utilisation de l’application Entourage qui permet de se rendre utile dans son quartier pour aider une personne sans-abri.

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#2 Va faire un tour à la nuit de la solidarité

Pour ne pas te noyer dans ces chiffres et avoir les idées claires, on espère que tu as pu te rendre à la nuit de la Solidarité à Paris, le 15 février. Inspirée de celles de New-York, Athènes, Londres ou encore Barcelone qui a recensé le nombre et les besoins des sans-domicile grâce à 350 équipes, composées chacune d’un professionnel du social, et de 3 ou 4 bénévoles. Les agents de la RATP, SNCF et de l’AP-HP (Les Hôpitaux de Paris) y ont participé également dans leurs domaines respectifs.

#3 Affine ta répartie

Tu peux répondre à ton collègue Sylvain qui pense que la plupart des SDF s’amusent à choisir la forme et l’épaisseur du carton qui leur servira de sommier quand, pour la plupart des gens, c’est la lumière bleue du smartphone qui les tracasse avant leur date avec Morphée.

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Pourtant, Tony, 50 ans, sans-abri depuis 3 ans interrogé par le Huffington Post l’exprime clairement : « C’est un peu comme l’argument de la personne qui refuse un travail. Moi je n’en connais pas. Donnez-en moi un et je travaille ». Comprenez, « donnez-moi un toit et je le prendrai ». Tendance que confirme le «baromètre du 115». Réalisé par la Fédération des acteurs de la solidarité, il montre que 64% des demandes adressées au 115 à Paris n’ont pas donné lieu à un hébergement lors de l’hiver précédent.

Propos appuyés par Eric Pliez, président du Samu Social « l’immense majorité des SDF n’aspire qu’à se mettre au chaud et à avoir un toit. Les grands marginaux très clochardisés (…) sont une minorité qu’il faut accompagner ». Cette « immense majorité » est donc bien pratique pour se faire élire, elle l’est beaucoup moins quand il s’agit de résumer une condition aussi complexe que celle de sans-abri.

#4 Va toquer à la porte des associations historiques

S‘orienter vers les associations historiques de la lutte contre la précarité semble être encore la solution la plus simple. Emmaüs se fera certainement une joie de te compter parmi ses nouveaux bénévoles, elle qui pourra certainement t’apporter un ou deux conseils avec ses quelques décennies d’expérience dans la lutte contre la précarité. Aurore ou les Enfants du Canal seront également ravies de t’accueillir pour donner un peu de ton temps et reconsidérer la cause des plus démunies comme l’une de celles qui vaut le temps que l’on s’y penche et que l’on agisse.

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#5 Va sonner au Carillon

Il s’agit d’un réseau de commerçants, de citoyens qui offrent des services aux quotidiens aux sans-abris dans plusieurs grandes villes de France. Ils sont constamment à la recherche de bénévoles !


A propos de l’auteur 

David diplômé en sciences politiques, a finalement renoncé aux relations internationales pour se consacrer aux causes sociales plus proches de lui. L’entrepreneuriat dans les quartiers est son métier, l’entrepreneuriat social et le journalisme, sa passion #Quartiers #Economiepositive