Écrit par Sense Reporter
Tandis que le nationalisme et le repli sur soi s’amplifient de toutes parts en Europe, les récents événements qui ont frappé Paris, et ailleurs, témoignent qu’une partie de la population a perdu foi en l’humanité. Quels processus de crises identitaires, de pertes de repères, amènent les Hommes à vouloir s’entre-tuer ?
Enquête d’Identité, c’est l’aventure d’un trio gagnant : Elie, Tizian et Valentin qui a décidé de parcourir le monde en vélo afin de réaliser un film documentaire traitant des conflits identitaires à travers le monde. À eux 3 ils sont techniciens, aventuriers, artistes, écolos, sportif et poètes. Ils nous racontent ici la naissance de leur projet et leurs ambitions :
« Interpellés par le manque de compréhension entre individus et l’absence de dialogue interculturel, il nous parait plus urgent que jamais de s’attacher aux valeurs d’échange, de tolérance et d’altruisme. Ainsi, nous avons décidé de partir pendant 2 ans, entre août 2016 et août 2018. Nous parcourrons environ 30 000 kilomètres à vélo, traversant plus de 39 pays.
Itinéraire prévisionnel Enquête d'Identité

Tout au long de notre quête, nous irons à la rencontre d’individus, de communautés, confrontés à des conflits identitaires actuellement ou par le passé. Simples passeurs de points de vue, nous tenterons le mieux que possible de rapporter les bribes d’histoires des individus que nous aurons la chance de rencontrer. Par ce fil que nous tendons entre ces bouts d’humanités opprimées, nous nous attaquons à cette problématique complexe et essentielle qu’est celle du vivre ensemble. Ainsi, peut- être, pourrons-nous dépasser la peur de l’autre, mettre à mal nos habitudes de penser ethnocentrées et stigmatisantes. Ce travail de déconstruction vise à trouver les clés de compréhension des mécanismes à l’œuvre dans les processus d’intégration et de recherche identitaire.

Notre ambition est de faire jaillir la multiplicité identitaire, à l’échelle sociétale et individuelle par la déconstruction de la notion de choc culturel. C’est essayer, peut-être, et sans aucune prétention, de contribuer à travers ce documentaire à un monde plus juste et plus pacifique. »

Elie de l'équipe Enquête d'IdentitéElie Viel, le technicien-aventurier 

Quelle est ton identité ?

Mon identité, c’est d’abord un milieu plutôt qu’un lieu, se sont mes grands-parents ingénieurs de formation, qui ont décidé de s’installer dans un milieu rural pour travailler la terre avec les chevaux, c’est dans ce cadre-là que j’ai appris qu’il ne fallait pas avoir peur de faire un choix atypique et qu’il fallait respecter ses envies.

Aujourd’hui pour me définir je dirais que je suis de nature calme et réservé avec une touche d’humour qui va bien, mais ce caractère se transforme du tout au tout quand il y a de la nouveauté, j’aime les défis d’ailleurs, que ce soit autour d’un jeux de société ou un sport. Enfin j’ai un esprit assez logique, j’aime comprendre comment fonctionne les choses, de l’émotion humaine aux plaques tectoniques, c’est ce qui anime ma curiosité.

Cette équipe, comment est-elle née ? 
Avec Tizian on se connait depuis plus de 15 ans, le jour de mon 22ème anniversaire il m’appelle depuis Berlin, après quelques banalités on en vient à ce fameux voyage, à la fin de la discussion il me propose de partir avec lui. Valentin s’ajoute à l’équipe peu après.

Ce voyage autour du monde s’est relevé être un défi pour moi. J’ai hésité pendant quelque temps en me demandant si j’avais les mollets assez fort pour gravir les montagnes, le dos assez dur pour dormir sur les cailloux, le sang assez chaud pour résister au blizzard et le caractère assez trempé pour réaliser ce coup de pédale… C’est alors que je me suis souvenu d’une situation similaire lors de mon voyage en Asie du Sud-est. Il s’agit de l’appréhension qui s’est emparée de moi quand j’ai pris le taxi de l’aéroport pour me rendre à Bangkok. Plus qu’un simple doute il s’agissait d’une profonde remise en question un sens dessus dessous, un sens déçu, dissout. Puis, insoupçonnable, réaliste, est venue la volonté de surpasser ce doute, et j’ai bien fait puisque ce voyage fut une merveilleuse expérience que je souhaite aujourd’hui réitérer et partager avec des amis.

Quelle est la question à laquelle tu souhaites répondre pendant ce tour du monde ?
Je me pose de sérieuses questions quant à mon avenir. Ce voyage se révélera un excellent outil de réflexion sur ce que je veux faire, dans quel sens je souhaite rouler ma vie… Ce qui est sûr : J’ai besoin de concret et d’aventure ! Une question me taraude et guidera, peut-être certains coups de guidon pendant ces mois d’aventure : qu’est-ce qu’avoir 20 ans sur les autres continents ? C’est peut-être là que réside mon enquête identitaire…

Est-ce toi qui emporte la boîte à outil ?

La boite à outils informatiques, oui, ça c’est sûr. C’est moi qui suis en charge de la sauvegarde des données. Nous transfèrerons toutes les données (photos, vidéos et pistes son) depuis les cartes SD sur les disques durs externe par l’intermédiaires d’un notebook. Puis nous enverrons les disques durs externes en France par colis, en gardant soigneusement une copie avec nous. Une fois arrivé, nous attendrons que les documents soient sécurisés avant de supprimer la copie conservée.

Bien s’organiser est essentiel pour réaliser un projet d’une telle ampleur.

Tizian Stromp, l’artiste écolo.

 Quelle est ton identité ?

Quelle vaste question ! L’identité veut aujourd’hui tout et rien dire, d’où la difficulté pour moi de répondre à cette question. Pour plaisanter j’ai dit il y a quelques années : Mon passeport et Allemand, mon corps est Iranien, mon cœur est Français et mon âme est Argentine. Aujourd’hui je ne plaisante plus avec ce concept d’identité nationale, puisqu’il est déjà porteur de trop d’aprioris et d’amalgames et qu’il est bien trop facile de mettre des choses dans des cases alors qu’ils sont transversalité.  

Je pourrais détailler en profondeur mon rapport au monde mais je me contenterai de dire que mon identité est cette petite voix qui dans mon fort intérieur me fait sentir à ma place là où je suis, à condition d’être à son écoute

 Pourquoi ce projet ?

On a tendance à assimiler l’identité à un pays d’origine, comme s’il existait une identité profonde dans chaque pays à laquelle on appartenait. Souvent on me pose la question : « Tu viens d’où ? », à laquelle je réponds : je suis né à Berlin, j’ai grandi dans sa banlieue, puis à Buenos Aires, enfin dans la campagne du Mans. Cependant, mes parents sont Argentin-Allemand et Iranien.

Le « cependant » laisse sous-entendre le conflit, l’exclusion de la possibilité d’une multi-identité, telles deux entités figées qui s’entrechoquent. Ainsi je porte la complexité de l’identification culturelle en moi. Je pense néanmoins que ce déchirement réside en chacun d’entre nous, et qu’il prend des allures plus ou moins marquées en fonction qu’il soit associé ou non à des frontières géographiques ou idéologiques. Il me semble que ce sont les individus porteurs de conflits, qui doivent encore plus que les autres incarner le « trait d’union » entre les identités, ouvriers du pont du dialogue interculturel. Le documentaire que nous souhaitons réaliser, pourrait être symbolisé par la pierre que nous souhaitons apporter à ce bel édifice appelé vivre ensemble

Qu’est ce qui, tu penses, sera différent pour toi après cette aventure ?

« S’enrouler » pour l’Iran, puis pour le continent sud-américain, ces terres de rencontre d’un ailleurs dont j’étais en quête depuis mon enfance, est pour moi l’opportunité de renouer contact avec une partie de mon identité familiale. Je suis extrêmement curieux de fouler les terres que mes parents ont foulées il y a plus de 30 ans. Ce que cela va changer en moi je l’ignore, peut être vais-je être plus apte à comprendre le parcours de mes parents.

Cycliste du dimanche ou sportif aguerri ?
Depuis la prise de décision de partir à bicyclette je me refais les cannes tranquillement, au programme : de la course à pied, des tours de vélos en forets, et de la route avec un vélo de course que ma prêté un ami. Alors je dirais « sportif à guérir » pour rester dans l’entre deux !
Après, n’oublions pas que sur un long voyage comme celui-ci, l’entrainement se fait au fil des kilomètres, le tout est de rester à l’écoute de notre corps. Règle d’or dans le trio

Valentin Geslin, le sportif-poète.Valentin de l'équipe Enquête d'Identité

Quelle est ton identité ?

J’ai eu la chance de commencer à voyager très jeune avec mes parents. De ce fait je me considère avant toute chose, comme une partie d’un tout, tel un citoyen du monde. Je pense que l’identité est unique car chaque individu est unique. A l’heure actuelle je ne ressens pas le besoin de m’affilier à un groupe idéologique, ethnique ou religieux. Je me sens moi-même, une entité singulière qui englobe toute mes expériences passées et qui continuera de ce construire tout au long de ma vie.

Quel sont les livres qui vont t’accompagner pendant votre périple ?

London est l’un de mes auteurs favoris. Depuis mon enfance je suis fasciné par ces récits d’aventures et la fougue de ces héros bravant la nature sauvage et sublime du grand Nord-Américain. Aujourd’hui c’est moi qui suis à la place de mes héros d’enfance. Pour traineau j’aurai un vélo, point n’est besoin de s’encombrer d’un attelage quand on a des mollets et je remplacerai la soif de l’or par la soif de rencontres. Mais l’émerveillement et l’essence de l’aventure seront les mêmes que celles qui animaient ces récits d’autrefois. Des livres, j’espère en cueillir et en égrainer beaucoup au fil du voyage, en lisant les auteurs des pays que nous allons traverser.

Quel est pour toi l’objectif de cette aventure et du documentaire ?
Par ce voyage, j’ai le souhait d’aller à la rencontre de ces autres, de ces alternatives, de cette multiplicité qui fait la richesse de l’Humanité. Il me semble nécessaire que chacun prenne conscience de cette richesse immatérielle qu’elle représente.

À ce titre, je vois le documentaire comme un moyen de sensibiliser un large public à ce genre de problématiques. Il serait prétentieux et absurde de penser que nous rapporterons dans nos bagages une solution à la problématique du vivre ensemble. Mais je pense que le documentaire est un bon moyen pour que les gens s’interrogent sur ce sujet.

Sportif-poète, c’est une belle combinaison, est ce que ça veut dire que tu composes des alexandrins en pédalant ?
Brassens, Brel et Ferré, sont autant de poètes et de chanteurs qui rythme mon quotidien. On a déjà composé un petit quelque chose avec les gars, un soir après le tournage du clip de notre campagne de crowdfunding :

C’est l’histoire de trois copains,
C’est l’histoire de trois petits riens,
Qui partent découvrir le monde
Qui veulent s’assurer qu’la terre est bien ronde
Ouest en Est ils s’en alleront
Pédales aux pieds, cœur sur l’guidon
Parcourir la terre, embrasser les cultures
Dépasser les frontières, dépasser les murs
Passeurs de bribes, passeurs d’histoires
Les jeunes Hommes viennent juste pour voir
Comment qu’sa marche la vie sur Terre ?
Une chose est sûr nous sommes tous frères
Frères de rêves ou frères d’bon vent
Une chose est sûre : l’aventure les attend !

L’inspiration viendra peut-être en cour de route, si le vent en portera…

Pour eux, la prochaine étape c’est un Paris-Brest (en partant de Saint-Denis) en vélo, pour se dégourdir les jambes, qu’ils réaliserons entre le 18 et le 28 Mai. C’est aussi l’occasion pour eux de mettre la cohérence du trio à l’épreuve, sur une distance de 550 kilomètres. Apparemment, ils ne se font pas trop de soucis…
La campagne de crowdfunding pour leur permettre de pédaler en liberté 2 années durant sera bientôt lancée. En attendant, ils auront besoin de vous le mardi 17 mai ici.