Écrit par Lucie Chartouny

A quelques stations de RER de Paris se trouve un endroit étonnant, où l’on peut à fois faire du cirque, assister à des représentations, boire un coup et même observer une Françoise Nyssen hilare face à un lancer de couteaux. Bienvenue dans le plus petit cirque du monde, qui multiplie les initiatives pour faire vivre son quartier.

De l’extérieur, le Plus Petit Cirque du Monde impressionne avec sa grande structure colorée alternant bois naturel et bleu vif, à laquelle on accède en traversant une sorte de cour de récréation vide – on raconte qu’avant la rénovation, c’était un terrain de deal. Marjorie, large sourire aux lèvres, nous ouvre la porte. On atterrit dans une grande salle où des enfants en stage pour la semaine passent le balai en chantant et courent partout après leur déjeuner. “Ici, on propose des stages pour enfants et adultes, on accueille des artistes en résidence, on offre près de 40 représentations par an et on compte 6000 bénéficiaires de nos activités”, détaille la jeune femme qui a rejoint récemment le cirque. L’établissement vient de lancer un incubateur qui accompagne les artistes dans la gestion de leurs projets, qu’ils soient en phase de création ou de développement. “Notre ambition à terme est de proposer un vrai processus d’accompagnement d’artistes”.

“Ici, on propose des stages pour enfants et adultes, on accueille des artistes en résidence, on offre près de 40 représentations par an et on compte 6000 bénéficiaires de nos activités

Cela fait 25 ans que le cirque existe dans le quartier prioritaire des Tertres-Cuverons à Bagneux. 25 ans qu’il propose aux habitants et aux curieux une programmation pointue de cirque contemporain d’ici et d’ailleurs. Auparavant, le cirque se contentait d’un gymnase. Désormais, le lieu compte 1900m2 de studio, gymnase, bureaux, et un chapiteau haut de 28 mètres où des artistes de la troupe Galapiat s’entraînent au lancer de couteaux avant la visite de Françoise Nyssen qui assistera tout sourire à leur spectacle. Elle est la quatrième ministre de la culture à découvrir le cirque. Avec ses 4 500 spectateurs par an dans un quartier sensible,

Le Plus petit cirque du monde est un incontournable qui tente chaque jour de répondre à la question : comment mettre la culture à la portée de tous ? Au départ, le cirque rencontrait pourtant pas mal d’obstacles : d’abord les clichés, qui font souvent du cirque un sport de blancs et d’homosexuels. Le quartier, prioritaire, à cheval entre Fontenay aux Roses, Bagneux et Bourg la Reine, ne semblait pas forcément attendre une telle structure. Si le plus petit cirque du monde a été lauréat du programme ‘La France s’engage’, au départ, les financements ne se bousculaient pas: “Le cirque a pas mal été le parent pauvre de l’art vivant” constate Marjorie.

 

Des projets et des clichés

Avec l’agrandissement du cirque, la conviction portée dès le départ reste la même: “L’enjeu est de faire grandir le cirque tout en conservant le lien avec les populations locales.” Dans les faits, le lieu est habité: le taux d’occupation des salles est proche de 100% pour les prochains mois et en deux heures de présence sur place, on croisera entre autres des enfants, un groupe de personnes en situation de handicap, des artistes et des salariés du cirque. Comment mesurer si la mixité est réellement au rendez-vous ? Pour atteindre leur but, les équipes du cirque multiplient les projets. D’abord, ouvrir le lieu à tous: chaque mardi est organisée une session d’une heure et demi de cirque gratuit pour les gens du quartier.

“L’enjeu est de faire grandir le cirque tout en conservant le lien avec les populations locales.”

Une heure avant le début de la session, son responsable part faire le tour du quartier pour recruter des volontaires. Ensuite, multiplier les ruses pour attirer la population locale. “Le cirque contemporain est à la mode, on a peur de devenir une niche, donc on réfléchit à un système de réservation avec un lot de place à venir chercher le mercredi sur place, pour éviter d’avoir un public trop parisien”. La programmation du cirque s’adapte également: “On a fait venir une compagnie marocaine, Colokolo, une compagnie géniale qui travaille beaucoup sur la perception, les clichés, le spectacle montre notamment un homme dans l’espace qui porte un voile sur la tête. Ça a beaucoup plu”.

“Le cirque contemporain est à la mode, on a peur de devenir une niche, donc on réfléchit à un système de réservation avec un lot de place à venir chercher le mercredi sur place, pour éviter d’avoir un public trop parisien”.

Si toutes ses salles, aussi bien l’accueil que le gymnase, ont été pensées pour accueillir des représentations, le cirque ne se contente pas d’être un lieu de spectacle. L’équipe veut ainsi ouvrir un bar associatif “qui fonctionnera d’abord pour chaque événement, et à terme serait ouvert encore plus souvent”, détaille Marjorie. Le sous-effectif actuel de l’équipe ne le permet pas encore. Pendant les travaux d’agrandissement, le chantier d’abord contesté a été peu à peu adopté par le voisinage, impliqué par des animations dans les différentes étapes des travaux. Les “vendredi baraque” menés en partenariat avec des associations locales furent des moments joyeux autour de la vie du chantier. La transformation du quartier devrait se poursuivre dans les prochaines années, au rythme des travaux du Grand Paris et de l’arrivée de la ligne 15. On peut compter sur le cirque pour accompagner ces futures transformations urbaines : on y parle de monter des représentations en extérieur qui font du paysage un personnage à part entière du spectacle, comme celle de la compagnie La Migration et ses structures monumentales en fer qui pivotent, dont la devise est la citation de John Cage “La situation étant désespérée, tout est maintenant possible”.


À propos de l’auteur 

 

Lucie aime apprendre plein de choses qu’elle oubliera très vite, manger jusqu’à l’écœurement et lire dans le métro.