Écrit par Louise Bernard

Huit ans après la sortie de Fantastic Mr. Fox, Wes Anderson réussit brillamment un nouveau film d’animation stop-motion où chiens et humains sont les héros d’un conte dystopique, maniaque, moderne et élégant.

Dans un film de Wes Anderson, il y a des choses qui ne trompent pas : un microcosme foisonnant, une direction artistique tranchée, un sens du détail symbolique aigu, des enfants qui agissent avec une maturité de femmes et d’hommes mûrs et des adultes aux comportements puérils, des grands angles et un humour acide et délicieux.

L’Île aux Chiens n’échappe bien évidemment pas à cette nomenclature précise, qui ravira les fans du dandy texan. L’histoire se déroule dans un territoire fictif du Japon post-moderne, Megasaki. Le maire de la mégalopole, Kobayashi, décrète le bannissement de tous les chiens, soi-disant porteurs de maladies dangereuses pour l’homme. Ceux-ce sont envoyés sur une île-décharge, et, pour faire bonne mesure, le maire envoie sur l’île Spots, le chien de la famille. Mais c’est sans compter sur son fils adoptif, Atari, qui partira à la recherche de Spots avec l’aide d’une équipe de cinq chiens abandonnés.

Touchant, drôle, L’Île aux Chiens est avant toute autre chose une prouesse esthétique : les personnages, chiens comme humains, sont incarnés à merveille par une animation remarquable dans un décor rappelant les estampes japonaises par leur composition. La palette chromatique distinctive des films de Wes Anderson est ici délicate, avec force blancs et rouges. On pourra reconnaître l’influence esthétique et narrative du cinéaste japonais Akira Kurosawa, friand de gangsters et de mise en scène inspirée du théâtre, ou encore du grand Miyazaki. Ajoutez à cela la somptueuse musique d’Alexandre Desplats (tout juste oscarisé pour The Shape of Water) et un casting ahurissant aussi bien en français qu’en anglais, sans céder à la facilité (les chiens parleront en anglais/français, mais les humains en japonais sous-titré). Pas étonnant qu’il reparte avec l’Ours d’argent de la mise en scène à la Berlinale.

Mais surtout, le dernier film de Wes Anderson propose un vrai récit à tiroirs intelligent, mettant en scène des personnages étoffés et touchants, en particulier ceux des chiens, véritables héros du film. Le récit, pas si enfantin, constitue quant à lui une véritable dénonciation des populismes et du rejet des uns par les autres, rappelant singulièrement la crise des politiques migratoires en Europe et ailleurs.

Le spectateur attentif (et bilingue) remarquera que le titre en V.O., Isle of Dogs, se prononce “I love dogs”… Et c’est cela qui distingue véritablement le cinéaste texan obsessionnel : une affection immense pour ses personnages et le monde qu’il crée, un monde où les opprimés sont héroïques, où l’on écoute les enfants et où l’union fait la force.

Le spectateur attentif (et bilingue) remarquera que le titre en V.O., Isle of Dogs, se prononce “I love dogs”…

Note ★★★★★ Un film qui donne envie de ne plus écouter les politiciens véreux


Passer à l’action

Si cette histoire vous donne envie d’agir, voici quelques idées :

Vous aimeriez empêcher l’expansion de l’île de déchets du Pacifique Nord?

Eh oui, les îles de déchets existent, et la plus tristement remarquable porte déjà le nom de 7ème continent. Pour lutter contre le gaspillage et les déchets, tournez-vous vers des initiatives comme les campagnes ZeroWaste, la cantine 2.0 Love Your Waste ou le programme Futur of Waste de makesense.

Vous voulez trouver des solutions solidaires pour votre boule de poils ?

Les startup qui s’intéressent aux animaux de compagnie sont légions, mais celles qui ont un impact positif sont plus difficiles à dénich-er : on en citera deux, Dogbuddy une plateforme de mise en relation entre propriétaires d’animaux de compagnie et volontaires désireux de s’en occuper (possédant ou non un animal eux-même, voire se remettant de la perte de leur compagnon à quatre pattes) et Le Ptit Canin, la 1ère e-boutique française éco-solidaire d’accessoires pour chiens et chats, mettant en avant l’économie collaborative et les actions communautaires.

Vous vous inquiétez à l’idée que le Japon du futur se révèle aussi inquiétant que Megasaki ?

On vous recommande chaudement la lecture de ce super article de Usbek & Rica : vous y apprendrez que malgré le vieillissement des populations et la désertification progressive des campagnes, il existe une “Green Valley” (sur le modèle de la Silicon Valley américaine) qui se concentre sur deux axes, l’environnement et l’art, dans une optique de re-création de liens communautaires.


À propos de l’autrice : Louise Bernard est une Parisienne diplômée en commerce, grande adepte des salles obscures de la capitale. Elle sort parfois à la lumière du jour pour apprendre les rudiments de la permaculture, pour visiter le monde ou pour manifester.
#cinéphile #globetrotter #convergencedesluttes