Écrit par Karine LH

… sans jamais oser le demander.

Parce que comprendre, c’est avoir moins peur, nous avons décidé de mettre en lumière un sujet qu’on aurait plutôt envie de laisser dans l’ombre : le cancer. Peut-être vous êtes-vous déjà posé des questions sur cette maladie, que vous avez préféré vite reléguer dans un coin de votre tête. Et si on y répondait sans que cela vous stresse ?


makesense s’engage sur la cause du cancer à travers la mobilisation Kicking Cancer, qui rassemble citoyens, entrepreneurs et acteurs de la santé pour trouver ensemble des réponses aux enjeux sociaux de la lutte contre le cancer.

Imaginée comme temps fort de cette mobilisation, la première Cancer Pride, événement grand public pour libérer la parole et améliorer la prévention, notamment des jeune adultes, aura lieu le 13 avril 2019 à Paris.

 


Est-ce que les cancers existaient à la préhistoire ?

Absolument, puisque le cancer n’est pas qu’une conséquence de l’environnement ou de nos modes de consommation. Le plus vieux cas de cancer découvert à ce jour, situé sur l’os d’un hominidé, date de 1,7 millions d’années. Il s’agissait d’un superbe ostéosarcome. Pour autant, les cas retrouvés sont extrêmement rares, ce qui corrobore l’importance de nos modes de vie dans la prévalence des cancers aujourd’hui.

Qui a « découvert » le cancer ?

Le Papyrus Ebers

On trouve une référence au cancer sur le plus ancien traité médical connu à ce jour,  le Papyrus Ebers, qui aurait été rédigé entre 1500 et 1600 avant J-C (pendant le règne d’Amenhotep Ier, aucun jeu de mot ne sera formulé).

Ce document parle d’une « tumeur contre le dieu Xenus » et recommande formellement au lecteur : « Tu ne feras rien contre ça ».

Heureusement qu’on ne l’a pas écouté.

 

Pourquoi le cancer est-il symbolisé par un crabe ? C’est mignon, un crabe.

Parce qu’une tumeur, avec ses ramifications qui ressemblent à des pattes sur un gros corps, ferait penser à un crabe. C’est en tout cas l’image qui est venue à l’esprit d’Hippocrate (460-377 avant J-C), qui aurait été le premier à comparer une tumeur du sein à cet animal. Mais pour un mec qui s’appelait Hippo, tout ça n’est peut-être qu’une question de vengeance personnelle. 

Petit petit !

Pourquoi Angelina Jolie s’est-elle fait retirer les seins (et les ovaires, même si on en parle moins) ?

Parce qu’elle est porteuse d’une mutation génétique répondant au doux nom de BRCA1. Avec sa soeur BRCA2, ces mutations jouent les starlettes : elles sont responsables de la plupart des cancers du sein et des ovaires héréditaires. Peu de cancers sont héréditaires : 5 à 10% pour le cancer du sein. Pourtant, le risque de développer un cancer du sein pour les femmes porteuses de la mutation BRCA1 est de 72%  – contre 12% pour les femmes sans cette mutation – et celui d’avoir un cancer des ovaires de 44% – contre 1% dans la population non-mutante (pardon, non-mutée). Ce qui justifie assez bien les mesures drastiques prises par Angie pour éviter cela.

Le cancer n’est plus une « maladie de vieux ».

Est-ce que le cancer est une maladie du vieillissement ?

Oui et non. C’est effectivement une maladie dont les risques s’accroissent avec le temps parce qu’avec l’âge augmentent aussi le risque de dysfonctionnement de nos cellules et la difficulté de notre système immunitaire à nous protéger. Mais contrairement aux idées reçues, ce n’est pas (ou plus) une maladie “de vieux”. La faute à notre environnement et nos modes de vie, qui perturbent le fonctionnement de nos cellules : polluants, plastiques, pesticides, perturbateurs endocriniens… la bande des P fait grimper les risques de certains cancers, notamment ceux dits hormono-dépendants.

En fait je visualise toujours pas : c’est quoi, un cancer ?

Un cancer, c’est une tumeur maligne qui grandit et prolifère dans votre corps. Une tumeur peut en effet être bénigne – il y a en permanence des masses qui se créent dans notre corps, des erreurs de la matrice, qui ne nous font aucun mal et qui sont prises en charge par notre système immunitaire… ou bien maligne.

Une tumeur maligne est composée de cellules tumorales qui deviennent agressives contre vos cellules saines.

Une cellule tumorale a deux caractéristiques assez simples à retenir :

  • Elle ne se régule plus : contrairement à une cellule normale qui se reproduit pour un usage précis dans le corps, celle-ci n’arrête pas de se diviser, sans logique et sans contrôle. Elle compresse alors les cellules d’à côté et grossit sans cesse. Elle coupe aussi les ponts avec ses copines et va se balader dans les organes d’à côté… ce qui donne les métastases ;
  • Elle devient immortelle : une cellule tumorale perd ce qu’on appelle l’apoptose, c’est à dire la capacité de toute cellule à se suicider lorsqu’elle est trop vieille (corps humain, ton univers impitoyable). D’où le besoin de la tuer en masse à coup de bazooka-chimio, de lui faire un hara kiri-immunothérapie (rien à voir avec le fromage) ou de la chirurgie-exfiltrer.

Lorsqu’une cellule est abîmée, elle doit se réparer.

Et comment est-ce que ces cellules arrivent dans le corps ? Comment je fais pour les éviter ?

Il y a plusieurs facteurs : génétiques, environnementaux, liés aux modes de consommation, hormonaux… on ne maîtrise pas tout. Mais on sait une chose : lorsqu’une cellule est abîmée, elle doit se réparer et plus vous les abîmez ou les modifiez, plus vous avez un risque qu’elles déconnent gravement (vous augmentez les risques à chaque fois, ça c’est juste une histoire de probabilités).

Comment les cellules s’abîment ou sont modifiées ? Avec le soleil pour les cellules de la peau, avec la cigarette ou la pollution pour celles du poumon, de la gorge et de tout ce qu’il y a entre les deux, avec les aliments brûlés (donc frits) pour les cellules de votre système digestif, avec les perturbateurs endocriniens pour tout ce qui est lié au système hormonal…

Une protection pas assez exploitée : le facekini

Les attaques font partie intégrante de nos modes de vie alors pas de panique car tout est une question de fréquence et de dosage : si vous variez vos habitudes de consommation et que vous vous protégez au maximum des risques les plus évidents (le trio soleil, cigarette, alcool), vous vous rendez déjà un fier service. Il n’est pas question d’arrêter de vivre : juste de savoir à quoi vous vous exposez et d’être vigilant.

Tout est affaire d’équilibre et de raison… donc d’éducation, pas d’interdiction.

Pourquoi n’interdit-on pas simplement les produits avérés cancérogènes ?

Le lien entre un produit et un cancer est difficile à établir puisque les risques d’avoir un cancer sont multi-factoriels. Par exemple, ce n’est pas parce que la charcuterie est classée comme cancérogène que vous allez choper directement un cancer du côlon en mangeant du saucisson. En revanche, vous mettez plus de chances de votre côté de finir avec une poche de colostomie (cherchez sur Google bande de petits curieux) si c’est saucisson à tous les repas ! Comme on l’a dit, tout est affaire d’équilibre et de raison… donc d’éducation, pas d’interdiction.

Par ailleurs, et on le voit pour le glyphosate en ce moment, il arrive qu’on n’interdise pas un produit simplement parce qu’on ne lui connaît pas de remplaçant plus sûr et efficace.

Est-ce que toutes les chimiothérapies font perdre les cheveux ?

Non, ça dépend des produits et de la personne. Aujourd’hui, on réussit à administrer des produits de chimiothérapie qui ont des effets secondaires un peu plus doux.

Et puis il faut sensibiliser au fait que le cancer, ce n’est pas que les cheveux  : c’est aussi la peau qui change, avec des milliards de petits boutons qui débarquent, la perte de masse musculaire, les ongles qui se cassent, parfois les dents, des problèmes neurologiques… Et pour le coup, égalité parfaite entre les hommes et les femmes.

Devenir patient, c’est souvent devenir passif.

Comment devenir acteur de sa lutte contre le cancer (en dehors du suivi médical) ?

Devenir patient, c’est souvent devenir passif. Le tourbillon des protocoles médicaux nous entraîne sans nous demander notre avis et même en faisant l’effort de poser des questions et de comprendre, nombreuses sont les étapes du chemin vers la guérison qui nous échappent.

Heureusement, il y a plein d’aspects sur lesquels un patient peut agir pour sa propre guérison :

  • Adapter son alimentation pour être en meilleure forme et ne pas rajouter du mal au mal ;
  • Se faire aider par des médecines complémentaires permettant de mieux vivre et de mieux accepter ses traitements, à la fois psychologiquement (traitement de la douleur) et physiquement (le corps intégrera le traitement plus facilement et se défendra mieux)* ;
  • Continuer à faire des projets pour l’avenir, en se faisant accompagner par une association de patients éventuellement.

* Attention : il s’agit d’aider à l’observance des traitements, en aucun cas de les arrêter pour les remplacer par des médecines non-conventionnelles !

Quel cancer est le plus facile à éviter ?

À la connaissance de l’auteure, aucune étude scientifique ne motive cette réponse mais la logique voudrait que ce soient les cancers du poumon et de la peau. Ce sont en effet des cancers dont les causes principales sont connues et comportementales : le tabac pour l’un, le soleil pour l’autre. Pour les éviter, c’est simple : faites-vous aider pour arrêter de fumer, mettez de la crème solaire indice 50 (après vous être baignés sinon la crème termine dans l’océan et détruit les coraux) et consultez régulièrement un dermatologue. On a la chance d’être dans un pays où c’est remboursé par la Sécu, profitons-en.

La question à 100 000 euros* : va-t-on réussir à vaincre le cancer un jour ?

Impossible de le savoir aujourd’hui mais nous sommes sur deux bonnes voies.

Celle du traitement d’abord : en 2018, on estime que 50 à 60% des patients atteints de cancer guérissent, et surtout, que le cap des 75% pourra être franchi en 2030, comme le rapportent les Pr. Calvo et Maraninchi. Ces espoirs se nourrissent des progrès du dépistage, des avancées immenses de la recherche ces dernières années (immunothérapie pour booster le système immunitaire, thérapies ciblées pour attaquer les cellules tumorales avec une “arme” sur mesure …) et de leur combinaison avec les traitements plus traditionnels mais dont l’efficacité continue à progresser également : chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie.

L’autre voie d’amélioration est celle de la prévention. Les médias relaient enfin des chiffres clefs : 40% des cancers sont liés à notre environnement et nos habitudes de consommation, et seraient donc évitables. A côté de cela, on entend de plus en plus parler du cancer, les patients osent prendre la parole et partager leurs histoires… C’est en montrant la réalité de la maladie que l’on pourra faire évoluer certains modes de vie.

Mais nous ne contrôlons que peu de facteurs de risque de notre environnement, et c’est aussi en déstigmatisant le cancer que l’on améliorera les chiffres du dépistage, notamment chez les jeunes adultes. C’est en tout cas la mission que s’est donnée la Cancer Pride, qui aura lieu à Paris le 13 avril 2019 !

Rdv le 13 avril, place de la République à Paris !

* Pourquoi 100 000 euros ? C’est le prix moyen d’une cure d’immunothérapie.

Vous voulez partager votre histoire ou vos connaissances et contribuer à libérer la parole sur le cancer ? Rejoignez la mobilisation Kicking Cancer !