Écrit par Sense Reporter

Tropisme, le festival augmenté”, tel est le sous-titre et la promesse de ce festival Montpelliérain dont la 3ème édition se tenait du 23 mars au 8 avril 2016. En regardant la programmation – impressionnante par son éclectisme – difficile de se faire une idée précise de ce que cela veut dire. Concerts, conférences, ateliers, expos, makers fair, cuisine, avant de descendre couvrir ce festival, vos serviteurs se sont demandés dans quelle jungle ils allaient s’enfoncer. . .

MakeSense Tropisme 2016Simon et Arthur, reporters MakeSense au Festival Tropisme 2016

 

 

 

Lecteur, lectrice, à l’instar du festival, nous te proposons de vivre un article “augmenté”. En d’autres termes, il mêle (au gré du bon sens de ses auteurs) photos et éléments sonores qui te plongeront dans la folie de Tropisme. Faut juste cliquer sur le bouton play au dessus de chaque photo ![/cherry_box]

Au fond, « Tropisme », ça veut dire quoi ? La question a animé les débats de Paris à Montpellier sans qu’une définition concrète puisse nous satisfaire. On se trompe en pensant à « tropical », on se fourvoie en imaginant un festival de musique africaine… mais pourquoi serait-il augmenté dans ce cas ? Ce n’est que sur le voyage du retour qu’une réponse concrète à nos questions s’est dessinée. Une réponse qui fut, à l’instar du festival, « augmentée » par les histoires des personnages que nous avons rencontrés.

Si l’on regarde la définition de notre encyclopédie préférée :

Tropisme (du grec τρόπος) signifie la tendance d’un organisme à croître (surtout d’une plante) dans une direction donnée, par exemple vers le bas ou vers la lumière.

Mais « tropisme » c’est aussi une force obscure qui pousse un groupe, un phénomène, à prendre une certaine orientation. Vous comprendrez que Google n’a pas vraiment aidé… C’est donc avec ces questions en tête que nous avons posé le pied à Montpellier.

Premier jour de Tropisme : L’art d’augmenter

Montpellier est l’une de ces villes du Sud qui fleure bon les terrasses et les vacances. Le genre de ville où le temps est toujours trop court et le soleil jamais trop long. Une ville où, en ce mercredi 30 mars 2016, il se passe visiblement quelque chose…

Festival Tropisme Montpellier

Tropisme s’invite dans les avenues de Montpellier.

Et ce quelque chose, c’est à la Panacée que ça se déroule. « C’est une ancienne école de Pharmacie réputée, transformée en lieu d’exposition et située dans le centre ville » nous explique un local. Arrivés sur les lieux, cela devient évident ; ce n’est pas un simple festival de musique, on est dans quelque chose de beaucoup plus alternatif. Cet enchevêtrement de tubes métalliques et de bois a d’ailleurs quelque chose qui relève du tropisme…

Bar de la Panacée

Le fameux bar de la Panacée

Le bar nous fait les yeux doux, mais l’événement de l’après-midi se déroule plus loin, dans la cour du bâtiment. Là-bas se pressent des barbus, des geeks, des illuminés de la technologie et de l’art visuel autour desquels s’affairent des dizaines de petits et grands curieux. Apparemment, tous sont là pour parler logiciel open-source, fouiller les dessous de l’ordinateur, jouer à réparer, imprimer, décorer et créer des outils technologiques en collaboration avec les intéressés. On commence à toucher du doigt le côté « augmenté » du festival. À notre tour d’aller augmenter quelques bidules ! Nous nous tournons donc vers le premier stand, « Montpel’Libre« . Non, ce n’est pas un collectif d’anarchistes montpelliérains, mais un groupe d’utilisateurs de logiciels libres qui proposent différents ateliers de promotion, d’utilisation et d’accès à ces mêmes logiciels. Une discussion s’engage, le temps d’un téléchargement…

Ce qu’on en retient ?

Il existe d’autres choses que les systèmes propriétaires qu’on voit à la télé et dans les médias !

On pensera donc à aller jeter un œil à ces logiciels libres comme Linux afin de comprendre quelles alternatives sont possibles pour nos machines.

Notre seconde rencontre est Bib, un savant mélange entre un hacker-space et un laboratoire citoyen de recherche. Accessible à tous, Bib cherche à favoriser la compréhension et l’émancipation technologique des citoyens en fouillant les dessous des softwares (Google, Apple, Microsoft…), des hardwares (ordinateurs physiques) et des politiques technologiques. Ça bidouille, ça discute, ça boit quelques verres, on a envie de participer ! Un tchat s’engage, le temps de souder quelques puces…

 

Et si Tropisme était également la possibilité de reprendre le pouvoir sur les machines ?

Apprendre aux gens à regarder sous le capot d’entreprises comme Google pour savoir que, bien souvent, vous êtes pas le client mais bien le produit…

Après ces deux rencontres, Tropisme se précise dans nos esprits. Le festival traite vraisemblablement de la technologie et des dessous du tiroir. D’ailleurs, il ne s’augmente pas seulement lui-même, il nous augmente aussi ! Ainsi en deux rencontres et trois(-quatre) verres, nous nous voyons déjà revisiter notre conception de la technologie qui nous entoure.

Puisqu’on parle de technologie, il paraît que Tropisme, c’est aussi une exposition interactive. Nous progressons dans les lieux pour en avoir le cœur net. On pénètre un dédale de couloirs emplis de musique et de lumière. Boîte de nuit ? Nenni ! Une plaine de jeux plutôt… Une succession d’appareils interactifs ingénieusement mis en place par le collectif Scale. Et il y en a pour tous les goûts : Un tapis digital qui prolonge une batterie géante, un piano qui nous rend maître d’un échafaud lumineux, une salle de sieste où les palettes lumineuses s’activent au gré d’un Boléro de Ravel revisité… Toutes les expériences sont là. À l’instar des réalisations du collectif « Je Suis Super« , on navigue dans un constant univers transmédia. Un univers où l’art visuel, la musique, le jeu et la technologie ne sont qu’une seule et même planète.

 

Nous quittons l’exposition pour assister à la projection du docu du jour : « Chasing Bonnie & Clyde » qui nous explique comment le Texas est à l’avant-garde des questions pénitentiaires et de la réinsertion des prisonniers.

“Don’t build new prisons. They cost too much.” – Jerry Madden

Olivier Lambert, le co-réalisateur, est présent et nous explique sa vision du film, ses appréhensions et ses découvertes. Un talk s’engage, le temps de rembobiner la pellicule…

 

Olivier Lambert, le réalisateur du documentaire « Chasing Bonnie & Clyde »

On sent un réel engagement dans la démarche du réalisateur, une volonté de faire avancer les choses et d’inspirer le changement. À l’instar du festival qui fait la part belle aux thématiques sociales et c’est là un véritable souhait des programmateurs.

Programmateurs que nous devons rencontrer le lendemain matin. Nous quittons donc les lieux sans nous presser, pendant que la Panacée s’endort sans forcer…

Deuxième jour de Tropisme : Le goût du (ré)créatif

« Tropisme, c’est un festival créatif et récréatif ! » nous sort d’entrée de jeu Vincent Cavaroc pour son interview de ce jeudi matin. Il est avec Sébastien Paule, son associé dans cette aventure que représente Tropisme. On parle beaucoup, on se marre bien, on débat légèrement et on en sait un peu plus sur ce festival augmenté. Tropisme connecte les univers : la science et l’art, la culture et l’engagement, suivant ainsi les tendances d’une société de la connexion. Quelle différence, vous nous demanderez ? Ici, on ne parle pas d’hyperlien, mais bien d’un lien réel et tangible entre les participants. Une discussion s’engage, le temps d’un verre (ou deux).

 

Sébastien Paule & Vincent Cavaroc, les organisateurs du festival Tropisme 2016

Nous quittons nos deux compères pour la conférence du jour : la French Tech, un incubateur qui rapproche technologie et culture (tiens, ça résonne…), a débarqué avec ses incubés (To see or not see et Waynote). Chacun y va de sa vision de la tech en France et de l’importance de favoriser les projets naissants.

Paul-Roger Gontard de la French Tech ouvre le bal avec ses pronostics, son expertise et sa connaissance du domaine des entreprises technologiques en France. La « French Tech » ? Ce sont tous ces acteurs de l’écosystème des startups françaises qui cherchent à améliorer leur croissance. Une belle initiative cocorico qui cherche à faire de ces startups les prochaines licornes de la Silicon Valley. Mais au fond, qu’est-ce qu’une « licorne » ?

« Ce sont ces startups des nouvelles technologies, non cotées en Bourse, dont la valorisation dépasse le milliard de dollars » explique Paul-Roger Gontard.

Concernant les ambitions du collectif et sa vision de Tropisme, une discussion s’engage, le temps de chanter la Marseillaise…

 

Paul-Roger Gontard de chez French Tech

Paul-Roger Gontard de chez French Tech

Ensuite vient le tour du jeune Fabien Apheceix de Waynote. Il nous parle de sa fabuleuse application qui nous géolocalise lors de nos trajets en voiture et nous fournit des anecdotes audios sur le paysage (bien souvent tristement anonymes) que nous croisons le long des routes. On peut ainsi mettre des noms sur ces petits villages, découvrir un restaurant de campagne à la place d’un Burger King, faire un crochet par un monument méconnu et, surtout, tuer le temps à faire des découvertes. Bref le genre d’idée d’app qu’on aurait aimé avoir :

 

Fabien Apheceix de Waynote

Fabien Apheceix de Waynote

Enfin, Pierre Beyffete ferme la conférence avec son app de festivalier : To see or not to see. Celle-ci permet de partager, de discuter et de noter en bouche-à-oreille les spectacles et les concerts des festivals comme celui d’Avignon. « Bien utile pour cet été » on se dit donc avant de prendre la route du dernier événement de la journée : un remix d’huîtres étoilées.

Eric Stil aux platines et Christian Qui (avec Pêcherie Montpellier) sont aux commandes de cette soirée improbable. Le public a changé d’allure mais pas d’émotion. On fait le point sur la journée tout en profitant du rythme de Stil qui soutient les gestes de Qui sur son œuvre marine. C’est peut-être ça Tropisme finalement, s’autoriser tous les mélanges, et créer ainsi une connexion entre un public d’hyper curieux et des artistes habités. On y mélange des univers, par moment radicalement différents, qui sont réunis par l’artistique ou, simplement, la volonté d’apporter sa pierre à l’édifice d’un monde moderne et éclairé.

 

Performance Culinaire Rock-Huîtres ©Louis-Clerc

Performance Culinaire Rock-Huîtres ©Louis-Clerc

3ème jour de Tropisme : Un festival d’idées

En trois jours, Tropisme nous aura permis d’augmenter l’art par la technologie, de faire du créatif une récréation, de repenser notre conception du festival et, surtout, de partager un bain d’idées avec des nageurs à contre-courant.

Ces nageurs ? Ce sont ces artistes, ces entrepreneurs et ces penseurs qui rivalisent d’inventivité pour inventer demain. « De quoi sera faite mon assiette en 2025 ? », « Quel type de supermarché promet un avenir durable à mes enfants ? » ou encore « À quoi peut me servir la technologie lorsqu’il s’agit d’optimiser mon quotidien ? », toutes ces questions qui fusent et alimentent les débats dans les murs de la Panacée.

L’assiette, c’est d’ailleurs le sujet du jour avec la conférence « L’assiette du futur ». Au menu, on découpe la gastronomie de demain avec ceux qui la font. Comment créer sa propre bière, développer des supermarchés positifs et participatifs ou encore comment créer des « Food Hackathon » pour changer le système de production et de consommation de nourriture : voilà ce dont ça cause. Mais les deux intervenants qui retiennent notre attention sont MonGrillon Cupcakes et le Smart Gastronomy Lab de Liège. Les premiers nous proposent d’alléchants Cupcakes gourmands et healthy. Healthy ? Ils sont composés de farine de grillon qui contient 80% de protéines ! Une bonne dose sucrée pour se donner la pêche, et le pire, c’est que c’est bon. Les deux fondatrices nous parlent de leurs projets autour de cette divine farine. Une gourmandise s’engage, le temps d’un cupcake…

 

Les filles de MonGrillon Cupcakes

Colline et Camille de MonGrillon Cupcakes

De son côté, Gaëtan Richard nous parle des projets du Smart Gastronomy Lab, un laboratoire d’innovation culinaire où l’on élabore de nouveaux outils et de nouvelles façons de cuisiner. Il nous propose une manière originale de mêler la gastronomie, la science, la technologie et l’art. Démo à l’appui, Richard joue de son imprimante 3D pour construire une œuvre aux arômes de cacao. C’est fascinant et régalant à la fois, on en veut plus ! Une impression s’engage, le temps d’un chocolat…

 

Malheureusement, nous devons laisser ces gourmandises pour un événement d’importance : le Hold-Up MakeSense autour d’un défi d’entrepreneur social. Car, nous devons vous l’avouer, vos deux reporters n’étaient pas à Tropisme en mode full tourist mais avec une mission mandatée par MakeSense : organiser et reporter une MKS Room (nous y reviendrons juste après) et un atelier Hold-Up. Cet atelier de créativité et de brainstorming fait intervenir l’intelligence collective pour résoudre le défi de l’entrepreneur en question (ici développer la communication autour d’une campagne de crowdfunding). En l’occurrence, l’idée est de développer une épicerie alternative (« Cityzen Market« ), locale et en vrac. Des gens de tous horizons se rencontrent et échangent dans un esprit créatif et dynamique pour fournir des idées farfelues et originales. On se chauffe en improvisant des meetings, on sort ses post-it et ses feutres et on met en route la tornade des idées. Un moment de créativité et de partage dans la plus pure des traditions, orchestré d’un post-it de maître par Laurence, Quentin et leur équipe de bénévoles montpelliérains hyperactifs.

Observant tous ces sourires et cette énergie, on aimerait en savoir un peu plus sur les participants et ce qu’ils en ont pensé. Un de ces sourires accepte de nous raconter (celui-là s’appelle Sellah). Une petite discussion, juste le temps d’une idée…

Hold-Up MakeSense Tropisme 2016

Ce sourire là s’appelle Sellah

Et les entrepreneuses concernées, qu’en ont-elles pensé ? Elles prolongent déjà l’animation avec les derniers intéressés : « Et vous pensez que nous devrions agir de cette manière sur les réseaux sociaux ? », « Cela vous intéresserait un supermarché en vrac vous ? ». Et quand on leur demande : « On est épuisées, mais ravies ! On n’imaginait pas autant de possibilités et autant de matière à travailler pour la suite ! »

Hold-Up MakeSense Tropisme 2016

Alexandra et Valentina de Cityzen Market

Si ce type d’atelier vous intéresse, que vous ayez une idée de projet social ou simplement une envie de vous engager sur une cause, la plateforme de MakeSense en regorge et peut vous permettre de booster votre projet en 2h de temps pour un déplacement et une dizaine de sourires. C’est par ici !

Première mission accomplie, on retourne à la Panacée pour mener à bien la deuxième, à savoir, la MKS Room autour de la Sécurité Alimentaire. Une MKS Room ? C’est mettre autour d’une même table entrepreneurs et artistes pour créer un débat sur un sujet lié à l’environnement ou au social. Le tout en musique.

Différents acteurs du monde de l’alimentation sont présents :

Elie Daviron, membre fondateur et coordinateur de La Cagette nous présente un nouveau modèle de supermarché collaboratif et responsable au cœur de Montpellier. Emilie Rousseleau, fondatrice de La Ferme à spiruline d’Alès, nous parle de cet or vert de plus en plus cultivé en France. Et enfin, Robin Placet, organisateur du premier Food Hackaton nous explique sa démarche de Food Hacker.

Mais la personne qui retient réellement notre attention est Bololipsum. Son génie ? Hacker de vieux jouets comme une GameBoy des années 90 pour en faire des instruments au service de sa symphonie électronique. Attention, démonstration…

Probablement l’artiste qui illustre le mieux ce que représente Tropisme : on augmente une œuvre en bidouillant la technologie. Le festival de musique classique est déjà loin derrière nous…

Nous laissons une salle hypnotisée, des pixels plein les yeux pour aller interviewer les deux derniers artistes de la soirée avant leur concert au Black Sheep : USé et Eric Stil.

Nous trouvons USé avachi seul dans un canapé en backstage. On a l’impression de débarquer dans sa contemplation (ou serait-ce une méditation ?). « Salut, moi c’est USé ». Une parenthèse s’ouvre, le temps de s’user encore un peu plus…

Usé Tropisme 2016

L’artiste en chair et en os

Après cette conversation d’un autre monde, c’est au tour d’Eric Stil, pilier du collectif MU, de nous livrer ses secrets. Nous retournons dans la salle de concert où l’intéressé s’échauffe sur ses platines. Un partage s’engage, le temps d’une clope…

Eric Stil Tropisme 2016

Le DJ et sa mèche trop Stil

Si on devait amener une conclusion profonde et sensée à cette escapade de trois jours en Tropisme, on serait bien embêté… On se limitera donc à vous dire que Tropisme, ça se vit plus que ça se discute. C’est pas le festival de votre grand-mère, c’est celui qui vient du futur, mêle les genres et se presse à votre porte en vous murmurant de la House augmentée à l’oreille. C’est cet événement que vous ne comprendrez totalement que dans 4 ans, puisqu’en avance sur son temps. C’est cet espace où vous vous êtes perdus plus volontairement que vous ne l’auriez cru. C’est l’air enfin que vous gardez en tête, en vous demandant intérieurement : « Qu’est-ce qu’on ne peut pas y faire ? »

Nous quittons Tropisme l'esprit serein, pendant que doucement Montpellier s'éteint... #MotDeLaFin

Nous quittons Tropisme l’esprit serein, pendant que doucement Montpellier s’éteint… #MotDeLaFin

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