Écrit par Aurore Le Bihan

Vous avez peut-être croisé ces affiches aux couleurs pop collées un peu partout dans les rues de Paris. Distrait.e, vous avez pensé.e  « Tiens ? Encore une pub pour une marque de fringues hipsterisante ou un DJ en vogue ». En vous rapprochant, c’est pourtant tout le contraire : les messages qu’on peut y lire ne font pas la promotion d’un nième bien de consommation mais de l’intégration et le respect des migrants grâce à des jeux de mots savoureux : « Les migrants, y’a calais embrasser » ou « Les migrants y’a calais respecter ». 

Si ces affiches reprennent les codes de la publicité, elles sont en fait nées de l’imagination du collectif d’artistes Ya’ Calais!. L’objectif ? Sensibiliser les citoyens à la cause des réfugiés, donner de la couleur à ceux que l’on veut habituellement cacher, « rendre visibles ceux que l’ont veut rendre invisibles » pour reprendre les mots de Marc-Antoine, concepteur et rédacteur du projet que makesense a eu la chance d’interroger. 


makesense : D’où vous est venue l’idée de placarder ces affiches ?

Marc-Antoine : Il y a une multitude d’événements, d’attitudes, de situations et de remarques à l’égard de la problématique des réfugiés qui m’ont donné envie d’agir. S’il fallait n’en retenir qu’une seule, ça serait l’indifférence de notre époque. Je n’avais tout simplement pas envie d’être complice de ne rien faire. J’avais envie d’agir face à ce qu’Erri de Lucca qualifie de « plus longue et importante noyade en mer de l’histoire de l’humanité. »

Lorsqu’en avril 2017 j’ai eu l’idée de concevoir ces affiches, j’étais étonné que, mis à part Erri de Lucca, Banksy et Ai Wei Wei, peu d’intellectuels, d’écrivains ou d’artistes, ne se saisissent de leurs plumes ou de leurs pinceaux pour agir.  J’étais vraiment surpris du  quasi silence du milieu artistique.

J’avais envie d’agir face à ce qu’Erri de Lucca qualifie de « plus longue et importante noyade en mer de l’histoire de l’humanité. »

Même si par la suite les choses ont un peu changé, je pense notamment à l’événement We dream under the same sky organisé au Palais de Tokyo en septembre 2017. Mais c’était bien la première fois que le milieu artistique s’engageait et agissait collectivement pour cette cause.

Quand est né le collectif ? Qui en fait partie ?

Après avoir pensé aux affiches au printemps 2017, j’en ai parlé à un ami, Directeur Artistique et réalisateur de clips, Franck Dudouet, qui a tout de suite été séduit par l’idée.

Nous avions tous les deux de nombreux projets en cours et avons choisi d’en reparler après l’été. Fin septembre les affiches étaient prêtes et après avoir mûri et enrichi le projet, j’ai lancé un Kiss Kiss Bank Bank en Janvier 2018. Une manière de récolter des fonds pour donner vie au projet, mais aussi et surtout une façon de fédérer une communauté et de communiquer autour du projet.

Concernant le qualificatif de collectif, je ne sais pas si le terme est vraiment approprié. Je dirais plus qu’il s’agit d’un projet très ouvert auquel on peut se greffer de façon ponctuelle si l’on est sensible à la cause. Comme lorsque dans la nuit du 17/ mai avec des amis et amis d’amis, nous avons collé les affiches dans les quartiers du Marais et de Strasbourg Saint Denis.

On va dire que je suis bien entouré !

Je dirais plus qu’il s’agit d’un projet très ouvert auquel on peut se greffer de façon ponctuelle si l’on est sensible à la cause. Comme lorsque dans la nuit du 17 mai, avec des amis et amis d’amis nous avons collé les affiches dans les quartiers du Marais et de Strasbourg Saint Denis.

Quel était votre objectif avec cette campagne d’affichage sauvage?

L’objectif de la campagne est de sensibiliser nos concitoyens à la cause des réfugiés. Faire en sorte que lorsqu’ils posent leurs yeux sur les affiches ils pensent, ne serait-ce qu’un dixième de seconde, à la condition des réfugiés. D’ailleurs, après avoir collé ces affiches je suis maintenant convaincu de leur utilité, puisqu’elles suscitent clairement le débat. Lorsque nous les avons collé jeudi 17 mai, les réactions des passants été pleine d’enthousiasme et d’encouragements ou pleine d’indifférence. À ce jour, plus de 50% des affiches du Marais ont déjà été arrachées. Ce qui atteste sans aucune doute, de la nécessité de ce genre d’action.

L’objectif de la campagne est de sensibiliser nos concitoyens à la cause des réfugiés. Faire en sorte que lorsqu’ils posent leurs yeux sur les affiches ils pensent, ne serait-ce qu’un dixième de seconde, à la condition des réfugiés.

Pourquoi avoir choisi ce medium de l’affichage ?

Si j’ai choisi de lancer une campagne d’affichage dans les rues de Paris, c’est parce que je voulais me servir des codes de la publicité, les détourner et les utiliser à d’autres fins. L’affichage publicitaire a réalisé une véritable OPA sur l’espace public et ne cesse de nous abreuver de ses messages et de ses images. Partant de ce constat, j’avais tout simplement envie d’utiliser l’espace public pour véhiculer des messages de tolérance, des messages qui rassemblent. Rendre visible, ceux que l’on veut rendre invisible. Donner de la couleur à ceux que l’on veut cacher.

C’est donner une voix à ce que l’on ne veut pas écouter, nous allons prochainement nous servir d’un autre médium, l’enregistrement sonore. Ces podcasts seront autant d’occasion d’entendre le parcours de ces exilés, leurs rêves et de tout simplement les laisser s’exprimer.

J’avais envie d’utiliser l’espace public pour véhiculer des messages de tolérance, des messages qui rassemblent.

Quelle est votre vision de la situation des réfugiés en France ? 

Elle ne fait que se dégrader. On avait déjà atteint des sommets en 2011 lorsqu’en Seine Saint Denis, la police, aidée de la RATP, avait acheminé en tramway une centaine de Roms expulsés d’un campement vers une gare RER. Épisode qui n’était pas sans rappeler certaines heures sombres de l’Histoire…

Pour revenir à la situation actuelle et répondre de façon précise à la question, il suffit de se pencher sur la Loi Asile-Immigration. Cette loi penche clairement plus du côté de la fermeté que de l’humanité à l’égard des réfugiés. Raccourcissement des délais de recours en cas de rejet de la demande d’asile d’un mois à quinze jours, allongement des délais de rétention administrative, avant renvoi dans le pays d’origine des étrangers déboutés, de quarante-cinq à trois, voire quatre mois.

Le message du gouvernement envers les réfugiés est claire « Ne revenez pas et dites leur comment ça se passe ici. »

La loi Asile-Immigration a deux objectifs, la dissuasion et l’expulsion.  

 

 

Pour rester au courant de l’actualité de Ya’Calais, vous pouvez suivre leur compte Instagram. 


Vous vous intéressez à la cause des réfugiés ? Rejoignez la mobilisation Refugees Tribe !